Le HibOO

La Moustache

“Qu’est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ?” demande Marc à Agnès. “Je ne sais pas. Je t’aime avec mais je t’ai jamais connu sans.” Elle sort un moment faire des courses, le laissant devant le miroir de la salle de bain. Et il le fait. Comme ça : par jeu, pour voir la tête qu’elle fera, pour changer un petit quelque chose dans leur vie heureuse et sans histoire. Elle rentre et ne fait aucune remarque. Le plus drôle, c’est qu’elle a vraiment l’air de ne rien remarquer. Les autres non plus.

Quand on va au cinéma régulièrement, il arrive, très très rarement, de rester dubitatif après une projection. C’est le cas de cette moustache de d’Emmanuel Carrère. Que penser ? Le film semble n’avoir ni queue ni tête, n’apporte pas de réponse, laisse sur sa faim, possède une deuxième partie assez longue … et malgré tout ça, on reste fasciné par le duo extraordinaire Vincent Lindon / Emmanuelle Devos. Un bon film ?

Il en faut des heures après la projection pour digérer cet OVNI cinématographique. D’une part, très peu de films laissent autant sur sa faim. En choisissant Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, Emmanuel Carrère vise juste dans son casting : ce tandem possède une aisance et un naturel incroyable, ce qui fait qu’on s’immisce très rapidement dans leur vie. On s’identifie aux personnages de Marc et Agnès, et on assiste à la décadence du couple. On croit détenir au fur et à mesure des clés, qui pourraient permettre de comprendre la trame, mais le réalisateur est champion des fausses pistes : Shyamalan devrait en prendre de la graine :)

Néanmoins, au moment où le film semble arriver à son paroxysme de folie, Emmanuel Carrère envoie Vincent Lindon à Hong Kong, sans aucune raison apparente, et le film devient subitement long, sans réel intérêt. Mais ceci n’est rien comparé à la fin, qui laisse définitivement le spectateur bien avant la case départ. Car la tournure finale empêche subitement de réaliser le pourquoi du comment : c’est cette manipulation peut-être outrancière qui risque de rebuter le spectateur lambda qui a besoin de ficèles simples pour apprécier un film.

Mais rappelons-le, La Moustache n’est pas un film, mais un OVNI, et cela sous-entend que certaines explications n’existent peut-être pas encore … à voir ?!

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