Le HibOO

Last Days

Blake, artiste replié sur lui-même, fléchit sous le poids de la célébrité, du succès et d’un sentiment d’isolement croissant. Réfugié dans une maison au milieu des bois, il tente d’échapper à sa vie, à son entourage et à ses obligations. Il regarde, écoute, et attend la délivrance.

Le dernier volet de la trilogie (non, non pas Star Wars 3) pré-mortem de Gus Van Sant s’inscrit dans une belle cohérence avec ces deux précédents volets, à savoir, Gerry et Elephant, palme d’Or à Cannes. La réalisation très expérimentale du réalisateur de Will Hunting fonctionne-t-elle encore ? La lassitude se fait-elle sentir ?

Inspiré des derniers jours de Kurt Cobain, le film n’est en aucun cas une biographie de ce dernier même si les similitudes sont par instant flagrantes. On suit le parcours de Blake (Michael Pitt, littéralement habité) qui se réfugie dans une grande demeure, à la fois majestueuse et délabrée. Ballade en forêt, cuisine, musique, travestissement… Blake se traîne comme un fantôme dans cette grande baraque où se trouvent également des amis à lui qui ont gardé les prénoms de leurs interprètes.

Sombre poème que ce film qui nous place dans la tête de Blake aidé par une réalisation cotonneuse, troublante et lente. La voix lancinante et presque inaudible de Pitt tranche avec celle d’un VRP venu lui rendre visite. La conversation surréaliste fait immanquablement penser à la situation dans lequel pouvait être Nirvana, soit, en plein succès. Quelques indices sont donnés, au début du film essentiellement, sur le pourquoi de sa présence. Une présence expliquée par la fuite d’un centre de désintoxication, la fuite du succès, la fuite de ce qu’on attend de lui (la scène où il répond au téléphone).

Long plan séquence, plans fixes, montage atypique et une photo toujours aussi belle, pas de doute Gus Van Sant est aux commandes. Et si certains tics du réalisateur peuvent gêner (il abuse parfois des plans de dos), la réalisation d’ensemble emporte l’adhésion, notamment parce qu’elle colle sans doute encore plus à l’atmosphère du film. Elle pose un regard neutre sur le personnage, laissant transparaître de-ci, de-là quelques éléments sur l’inéluctable. Gus Van Sant est très certainement le seul réalisateur conjuguant aussi bien l’expérimentation avec le fond du film. Last Days nous porte dans un univers très sensoriel, ponctué d’une musique profonde de sens à l’image du film.

Laisser un commentaire

Pour afficher un avatar / votre photo avec votre commentaire, inscrivez-vous sur www.gravatar.com

* = champ obligatoire