Le HibOO

Kemar - No One is Innocent

Kemar, leader emblématique du groupe No One Is Innocent, nous reçoit dans sa loge, quelques heures avant le concert du soir. Il revient sur la carrière du groupe, son évolution récente et sur cette tournée géante qui ne s’achèvera que cet été. Il parle calmement, une attitude qui contraste avec la boule d’énergie que l’on voit sur scène. Que les fans de la première heure se réjouissent, No One est de retour…

No one avait disparu du circuit pendant quelques années, que s’est il passé ?

J’ai pris du temps pour voyager, j’ai ensuite fait un album solo. J’ai ensuite rencontré Kmille, le petit gars qui est aux machines. En fait je cherchais un contre bassiste pour essayer de nouvelles choses, il m’a dit de passer chez lui. Le jour même on faisait un remix d’un de mes titres, la semaine d’après nous commencions à composer deux morceaux, ça a duré trois mois comme ça. C’est une super rencontre. Au bout d’un moment, j’ai ressorti des textes un peu énervés de mon tiroir, on a assemblé le tout.

As-tu eu l’impression de repartir de zéro ?

Oui, dans le sens où c’était avec une nouvelle personne. Mais si on y pense bien, je suis revenu à la même façon de travailler qu’avec No One première génération, c’est-à-dire très simplement, basse – voix, guitare – voix. C’est une façon de travailler que je regrettais. Là je retrouve un alter ego, quelqu’un avec qui le courant passe bien. Tout va très vite avec Kmille.

Peux tu nous parler un peu de lui justement ?

Depuis que je suis musicien, c’est la meilleure rencontre que j’ai pu faire. C’est un cador. A la base, il est contrebassiste dans un groupe qui s’appelait ‘UHT’ et je peux vous dire que tenir la contrebasse dans un groupe electro, il faut vraiment en avoir. C’est tellement plus facile d’envoyer des basses par machine… Lui fait quelque chose de plus physique. Il n’aime pas trop qu’on le définisse comme un punk, il a quand même fait 20 ans de conservatoire. C’est un surdoué du piano, il est curieux au niveau des machines, il écoute plein de choses, c’est un bonheur de travailler avec lui. C’est un ami ingénieur du son qui m’a donné son numéro.

Tes textes sont toujours aussi engagés, la politique te passionne à ce point ?

Et bien, tu sais, si parler de l’Irak c’est être politisé, on l’est tous. Même la boulangère du coin peut parler de Bush ou de l’Irak, on ne va pas dire pour autant qu’elle est passionnée par la politique. J’ai envie d’exprimer mes idées, mais autrement que par ‘Ouais, Bush c’est un connard…’. J’avais envie de toucher quelque chose, de faire le rapprochement entre des gens qui sont visionnaires aveugles, ceux là sont très dangereux, et cette espèce d’invasion théâtrale à l’américaine avec le nouveau testament dans la poche revolver. J’avais envie de marier la façon de faire américaine avec le nouveau testament dans la poche revolver.

Même la boulangère du coin peut parler de Bush ou de l’Irak, on ne va pas dire pour autant qu’elle est passionnée par la politique

Tu crois que le public qui était là en 94 est toujours le même ?

Je ne sais pas trop, c’est un peu la même chose quand on me demande si le public d’hier était mieux que celui d’aujourd’hui. Quand il y avait tous ces groupes à cette époque, on avait tous dans la tête d’utiliser notre musique pour faire passer un message que ce soit Lofofora ou les autres. Il y avait une vraie vague à l’époque, c’est vrai que ce n’est plus la même chose aujourd’hui. En même temps, ce n’est pas parce que tu es dans Dyonisos ou les Wampas que tu n’es pas concerné parce qu’il se passe autour de toi. Est-ce qu’il faut reprocher à des musiciens de ne pas être formés pour dire des choses ? Chacun fait ce qu’il veut en fait. On ne va pas dire que ça craint ou autre, ce n’est vraiment pas à nous de dire ça, ça fait réac et vieux croûtons !

Avez-vous déjà quelques idées pour la suite, quelques projets musicaux ?

Tout le monde en parle, mais dans les actes, rien n’est encore fait. En même temps, ça ne fait pas deux ans que nous avons sorti cet album. Tout va à une vitesse délirante, que ce soit les journalistes ou les maisons de disques, on nous parle déjà d’un nouvel album, alors que l’on n’a aucune idée de ce que nous allons faire

Quels sont les artistes ou les groupes que tu apprécies particulièrement en ce moment ?

J’aime beaucoup Prohom, avec qui l’on partage la scène sur cette tournée, c’est un super groupe. J’ai vu deux groupes intéressants ces derniers temps et surtout j’ai énormément de cd’s à écouter sur la route. Quand je vais rentrer, je vais écouter tout ça chez moi. Dès la tournée finie, je vais aller voir Lofofora au Trabendo, The Hives et John Spencer au Zénith aussi. C’est dommage parce qu’il y a beaucoup de choses le même soir, il y a aussi les Svinkels à l’Elysée montmartre. Vivement que je sois spectateur. Nous n’allons pas au Sziget cette année, nous sommes vraiment dégoûtés, tout ça pour une sombre histoire d’argent.

Comment se passe cette tournée, au niveau de l’esprit par exemple ?

Ce n’est pas vraiment une colonie de vacances, c’est la bonne teuf quoi ! Tout le monde est assez adulte. J’ai un peu les boules que ce soit la dernière semaine. On a instauré l’humeur, c’est un peu à nous de le faire, en tant que tête d’affiche. La première chose que nous ayons fait avant de partir fût de transformer notre ‘Tour Bus’ en discothèque, c’est-à-dire que nous avons installé une boule à facettes. Tous les soirs le bus se transforme en discothèque avec les lights et tout. Kmille mixe et fait décoller tout le monde en moins de deux. Ca donne une autre dimension à l’ambiance. Après le concert, on se donne rendez vous à la ‘disco mobile’.

As-tu une anecdote amusante sur cette tournée ?

Pas vraiment de choses amusantes, ce sont plus des choses qui font plaisir. Je pense à la fois où Philippe de Prohom, nous a demandé de monter sur scène pour chanter ‘où étions nous’ avec lui. C’est sur le dernier titre du concert que l’on sent l’humeur de la tournée.

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