Faubourg 36

Dans un faubourg populaire du nord de Paris en 1936, l’élection printanière du gouvernement de Front Populaire fait naître les plus folles espérances et favorise la montée des extrêmes. C’est là que trois ouvriers du spectacle au chômage décident d’occuper de force le music-hall qui les employait il y a quelques mois encore, pour y monter un “spectacle à succès”. Le lieu sera le théâtre de la plus éphémère des belles entreprises. (Fiche Allociné)
Comme Candy, avec Faubourg 36 “on s’amuse, on pleure, on rit, il y a des méchants et des gentils” : contrairement à son projet Les Choristes, particulièrement réaliste dans son traitement graphique et scénaristique, Faubourg 36 s’apparente plus au conte et à la fable, sur fond de front populaire, emmené par de pittoresques personnages stéréotypés et manichéens : tout est ensuite affaire de goût et d’adhésion.
Dès les premières images, le réalisateur distille des images absolument magnifiques et irréelles ; le travail sur les couleurs est somptueux, les mises au point frôlant le surnaturel régalent les rétines, et certains plans photos très esthétisés s’imprègnent directement dans le cortex. L’apogée sera atteinte lorsque Barratier rendra hommage avec “Partir en Mer”, un moment d’évasion assez monumental haut en couleurs et effets.
Musicalement, on est aux abords de l’orgasme pérpétuel : la partition écrite par Reinhardt Wagner lorgne souvent avec le magnifique ; les arrangements, les harmonies et les lignes vocales atteignent presque le niveau d’un film de Resnais. On est bien loin des chants bien poussifs des petits écoliers des Choristes : ici c’est une explosion de notes et de rythmes ; on est dans l’esprit d’une comédie musicale (entendons-nous bien : plus proche de l’esprit Broadway que ce que l’on appelle aujourd’hui Comédie Musicale, genre le Roi Soleil …)

Image > OK. Musique > OK. Quid du scénario ? Les 2h passent selon les individus plus ou moins vite (certains dorment par exemple) ; on a la sensation de ne pas regarder vraiment un film, mais plutôt celle de lire une jolie histoire ancrée à une époque aux messages intemporels aux rebondissements multiples, plus ou moins inspirés, plus ou moins cohérents. Si l’on comprend dès les premiers instants la dimension tragique de l’oeuvre, on reste amusé par certaines scènes, et souvent touché par d’autres. Le tout porté par une galerie d’acteurs charismatiques, ayant tous un principal défaut : une identité -trop - forte que l’on retrouve de film en film : ainsi Jugnot et Merad semblent exporter leur jeu des Choristes - bien que Kad Merad réalise ci et là quelque prouesse, Cornillac joue malheureusement … du Cornillac. Reste dès lors l’étoile lumineuse du casting, la magnifique et improbable Nora Arnezeder. Ses yeux chafouins hypnotisent, son sourire fait fondre, et son interprétation - parfois surjouée - touche ; elle rappelle de temps à autre Audrey Tautou, et plus d’une fois, elle s’accapare totalement le film, jusqu’à lui en faire oublier ses défauts … d’ailleurs, elle est la pierre angulaire de l’histoire, où tout arrive, tout se produit, et tout se déchire.

Au final, Faubourg 36 se laisse regarder : il est TRES beau et TRES soigné (trop rare pour qu’on ne puisse pas insister), il est TRES agréable, la bande originale mérite le détour, et certains acteurs - Nora Arnezeder - tirent leur épingle du jeu. Mais lorsque le malicieux Maxence Perrin joue aussi bien de l’accordéon que Nicolas d’Hélène et les Garçons de la guitare (ou Diane Krueger en soprano dans Un conte de Noël), quand le scénario dans ses 20 dernières minutes sombre dans un festival caricatural digne d’un Nestor Burma (Julien Courbey en tête), quand le rythme se retrouve cassé à plusieurs reprises, quand le style graphique l’emporte quelque fois sur l’intérêt de la prise de vue … tous ces petits “couacs” qui passeront sans nul doute inaperçus pour beaucoup ne permet pas à cette nouvelle oeuvre d’atteindre le niveau des Choristes, qui brillait dans sa mise en scène délicate, dénuée d’artifices inutiles, pour se focaliser sur l’essentiel : un message aussi humaniste que naïf, donc “universel”. A voir malgré tout, Faubourg 36 est un bon, voire très bon film.
Vous écrivez très bien … j’aime beaucoup votre critique, mais je ne suis pas d’accord sur le surjeu de la petite nouvelle, au contraire elle exprime à la perfection cette timidité que l’on peut avoir à 20 ans, et son personnage se confirme et se développe et s’affirme tout au long du film
Merci Marie :) mais j’ai bien précisé, et entre parenthèses “PARFOIS” surjoué … ce qui sous entend que le reste du temps, elle joue parfaitement :) Par ailleurs, c’est bien cette actrice que je mets en valeur, et aucun autre.
Je n’ai vu que la bande-annonce et les quelques minutes de film m’ont suffit pour être épaté par la lumière.
Le chef-op du film est loin d’être un manchot, c’est Tom Stern, le chef-op habituel des films de Clint Eastwood (Million Dollar baby, Iwo Jima et j’en passe..). J’ai vraiment hâte de voir le résultat !!