Le HibOO

La Familia

Le Rendez vous était donné à Phil et Muriel, respectivement chanteur / guitariste et manageur de La Familia, au Web Bar, rue Ecuyère, en ce vendredi 25 février après midi. Ils seront finalement quatre au rendez vous puisque nous avons la bonne surprise de voir Amélie (chanteuse) et Mohand (bassiste) débarquer eux aussi. Après les avoir quitté un soir d’Août à Budapest, nous étions curieux de découvrir ce qu’ils avaient bien pu faire de leur hiver… Un large tour d’horizon sur la vie du groupe fétiche des rouennais avant leur concert anniversaire du 1er Avril au Trianon.

Nous allons commencer par prendre quelques nouvelles …

Philippe : Nous travaillons. Après le Sziget, nous avons tous effectué notre ‘rentrée travail’. Moins de dates entre septembre et décembre, donc plus de temps pour travailler. Nous en avons profiter pour créer un nouveau répertoire. Nous avons aussi pris une résidence en décembre, au Trianon, pour préparer quelque chose de nouveau. Le groupe a évolué puisque nous avions un ingénieur du son fixe, ils sont deux maintenant. Le spectacle du Trianon sera à priori unique, il est prévu seulement pour cette date du 1er Avril, c’est une création pour les 10 ans du groupe. Nous allons jouer un répertoire qui sera inconnu du public. Il y aura sûrement un petit rappel, avec des choses connues, nous le ferons avec plaisir, mais ce n’est pas le but de la soirée. Ce sera quelques chose de nouveau, y compris dans les formes musicales abordées. Nous essayons d’explorer d’autre territoires musicaux, d’innover dans la mise en images, dans les sonorités sans que le tout soit révolutionnaire, ça reste La Familia. On veut encore élargir la palette, du roots à l’électro dub, on va se promener entre ces deux bornes. Une nouvelle particularité dans le fait que nous ayons plus de textes en français. On ne va pas présenter toutes les nouvelles compositions car nous n’avons pas eu le temps de toutes les travailler. Ce sera une première salve qui va préfigurer le nouvel album. On va s’exercer sur scène avant de les enregistrer.

Ça veut dire que l’album n’est pas encore tout à fait prêt ?

Muriel : Non, il n’est pas encore enregistré. L’idéal serait de le voir arriver en Avril 2006. On aimerait se tenir à ce calendrier. Ce serait bien de l’enregistrer entre Décembre et Mars de l’année prochaine, même si la gestion du calendrier est difficile. De toutes manières, il y a cette envie d’album.Philippe : Il ne faut pas oublier que nous avons des impératifs de temps. Nous sommes dix dans la bande depuis trois ans maintenant, il nous faut du temps pour élaborer les choses. Cet hiver fût une période propice au travail. Par exemple, certains morceaux ont été conçus l’année dernière, et pourtant, nous ne commençons à les jouer que maintenant. Certains morceaux ont besoin d’un temps de maturation. Il faut du temps pour que l’on s’approprie tous un nouveau morceau, qu’on le travaille correctement.

Quelles sont vos conditions de travail justement ?

Philippe : Nous répétons tous les jeudi et vendredi, c’est notre rythme de travail, sachant que nous avons des activités annexes. On y consacre ce créneau, on peut parfois répéter 8 heures de suite un vendredi. L’année dernière, nous sommes passés par une bonne période créative où à chaque fois que nous nous voyions, il y avait des idées nouvelles. Nous nous sommes retrouvés avec un stock de nouveautés à gérer, mais pas vraiment le temps de les mettre en forme. On a réussi à prendre trois morceaux de cette période, on a pris le temps de les travailler, d’en passer quelques uns à la scène. Lors de notre récente tournée dans les pays de l’Est, nous passions un nouveau morceau tous les soirs. Les gens ne savaient pas forcément qu’il s’agissait d’une nouveauté, nous le savions par contre, c’est ça qui est intéressant. C’était bien qu’on puisse le faire avant d’arriver au Trianon. Je pense que pour les gens qui connaissent, ça va être intriguant de découvrir ces nouvelles choses, forcément, pour les gens qui ne connaissent pas, ça ne changera pas grand chose.

C’est lors de vos séances en commun que vous viennent les idées de composition ?

Il y a une première phase de travail à la maison, pour un certain nombre d’entre nous, c’est à dire qu’on peut arriver avec un simple texte ou une grille d’accords. Ensuite, il s’agit de s’approprier le morceau pour les dix musiciens. La composition est essentiellement collective, avec forcément des variantes selon les morceaux.

Quels souvenirs gardez vous de votre récente tournée dans les pays d’Europe de l’Est ?

Philippe : Nous avons eu beaucoup de chance de l’avoir vécu. C’était vraiment un concentré de purs moments musicaux. Sur sept concerts, on peut dire que l’on en fait six d’exception, ce qui est une moyenne plus que satisfaisante. Le fait de voyager nous redonne des idées nouvelles. On a sûrement trouvé des idées là bas qui donneront des nouveaux morceaux pour l’hiver prochain. La plupart d’entre nous n’étions jamais allés dans les pays où nous nous sommes produits. Nous sommes allé à Prague, Vienne, Brno, Berlin dans des lieux très différents à chaque fois. Lorsque nous sommes arrivés pour jouer à la mairie de Vienne, on se serait cru dans le théâtre de Sissi l’impératrice, c’est très impressionnant.

Mohand : A notre retour, nous sommes passés de Sissi l’impératrice au Sissy Bar ! (Rires).

Philippe : En fait, c’était contrasté, puisque nous avons aussi joué dans un endroit qui ressemblait à un squat.

Peut on dire qu’il s’agissait d’un retour aux sources concernant la musique tzigane qui fait partie intégrante de vos morceaux ?

Muriel : C’est une influence qui n’est pas récente. L’influence musicale vient toujours des musiciens qui forment le groupe. A la source, c’est quand même plus hispanique que tzigane. Il y a ensuite eu quelques incartades musicales avec Fred Pichot (NDLR : saxophoniste du groupe) qui nous a emmené par là bas, vers les Balkans, et puis surtout l’arrivée d’Amélie a été signifiante dans cette optique.

Philippe : Lorsque nous allons jouer là bas, les gens entendent sûrement un écho, il est vrai que notre musique sonne un peu tzigane, cela dit il pourrait se passer la même chose si nous allions aux Antilles ou en Amérique latine. Nous sommes partis de notre petit bagage fantasmatique . Une rumba à Rouen, c’était quand même quelque chose d’improbable quand on y pense. Toutes ces influences, ce n’est pas non plus tout ce que nous vivons au quotidien, on n’habite pas dans des caravanes . Beaucoup de choses nous attirent, c’est un peu comme si nous prenions l’orient express et qu’il passait par le Maghreb, l’Est… La musique est un prétexte pour voyager, chaque chanson est un dépaysement.

Muriel : On a d’ailleurs appelé le spectacle du Trianon ‘carnet de voyages’.

La musique est un prétexte pour voyager, chaque chanson est un dépaysement.

A quel type de public étiez vous confrontés lors de cette tournée ?

Philippe : Il s’agissait essentiellement de gens qui nous découvraient, j’en suis sûr. A Vienne, nous étions invités dans le cadre du ‘bal des réfugiés’, genre de bal des débutants. Le contraste entre ce monde institutionnel, avec des gens en smoking ou robe du soir était plutôt intéressant. On y trouvait aussi bien des jeunes ‘branchouilles’ que des vieux aristocrates.

Muriel : Il s’agit en fait d’une grosse fête annuelle qui a pour but de récolter des fonds pour faire vivre ce foyer de réfugiés politiques. C’est une grosse organisation là bas qui gère ça de façon complètement autonome. Ils accompagnent 140 personnes sur deux ans dans leur intégration. Nous ne sommes pas arrivés là bas complètement par hasard, mais grâce à cette rencontre fabuleuse que nous avons faite en Hongrie. Cette histoire commence à dater. Toute cette tournée a pu être mise en place grâce à nos passage à Budapest, en 1999 et en Mai 2004.

Philippe : Oui, alors à Vienne, les gens étaient venus pour découvrir, ils ne connaissaient pas, à part bien sûr l’organisateur. Quelque part, un groupe latino qui vient de France, ce n’est pas logique, de plus c’était un mardi soir, mais les gens y sont allé malgré tout. Ce public a accès à une culture variée depuis peu de temps finalement. En France, les gens sont un peu blasés. Le public de Rouen est assez dur mais on ne peut que lui en être reconnaissant. Nous devions faire l’effort de gagner leur cœur dès les premières minutes. Que ce soit à Rouen ou ailleurs, les gens ne demandent qu’à faire la fête, il faut simplement les mettre en condition. Le public rouennais est un public qu’il faut aller chercher, sinon les gens restent dans leur coin à attendre que ça se passe. Ici les gens sont droits comme des « i », ils tapent du pied et balancent la tête, sans plus, alors que si l’on arrive a créer les conditions, ils peuvent enlever leurs chaussures et se mettre à sauter partout, dans une ambiance bon enfant. En revanche à Budapest, il y avait dans la salle des gens qui nous connaissaient, du fait de nos précédents passages

Amélie : Lors du concert de Vienne, je n’ai jamais vu autant de gens danser. La salle de bal devait contenir 1800 personnes, et bien nous devions avoir 900 couples ! Les gens avaient enlevé leurs chaussures qu’ils avaient mis en petits tas par terre.

Muriel : C’était fabuleux, j’ai vu des couples âgés qui dansaient presque des valses. Ils vont se souvenir de nous, on y retourne d’ailleurs pour le Vienne City Festival fin Avril. C’est aussi le résultat de ce premier concert, on peut penser que la sauce à pris. Ce qui est drôle là bas, c’est que la sauce prend tout de suite. On a affaire à un public très demandeur et réceptif. De Vienne à Nuremberg, on a eu en face de nous un public conquis dès la première note, c’était assez hallucinant.

Un autre événement de l’hiver : les ‘dicos d’or’ sur France 3, comment cela s’est il déroulé ?

Amélie : Bernard Pivot est merveilleux !

Philippe : C’est vrai que c’est une personne très surprenante. On a vraiment l’image qu’il donne à la télévision, celle d’un intellectuel alors que c’est un homme d’une simplicité très appréciable. Concernant notre passage, nous n’avions pas cette expérience de la télévision.Nous avons fait l’émission dans le chapiteau de l’académie Fratellini.

Muriel : Cette expérience, c’est le fruit de notre collaboration avec l’académie Fratelini. Laurent Gachet, le directeur, est tombé amoureux de La Familia. Il aime aussi mélanger tout ce qui touche le monde circassien avec ce qui gravite autour. France 3 avait repéré les lieux et a désigné Laurent Gachet comme maître de cérémonie, il a préparé les interventions des différents protagonistes, et bien sûr, nous étions ravis.

Philippe : Nous sortons de la façon habituelle de jouer notre répertoire puisqu’il s’agissait, à cette occasion d’accompagner un numéro dont la durée peut être variable, nous avons été obligé d’assouplir notre musique pour l’occasion. Nous étions au service de l’image.

Avez vous eu de bons échos après l’émission ?

Amélie : oui, beaucoup de gens nous ont dit qu’ils nous avaient vu à la télévision, avec parmi eux, des gens que l’on ne soupçonnait pas de regarder les dicos d’or !

Muriel : C’est un événement unique qui s’est très bien passé. Je ne pense pas qu’il y ai des répercutions immédiates, c’est un peu comme un travail de fond. Il y a beaucoup de groupes qui passent à la télévision de façon sporadique, sans créer un engouement immédiat. C’était important pour nous, car c’est une exposition d’ampleur nationale. J’ai quand même reçu pas mal de courriers et de mails de fans ou de gens qui nous demandent ‘Mais qui êtes vous ? Je ne vous connaît pas alors que j’habite la région depuis 20 ans…’. Mise à part ces questions de retombées, on a pu vérifier que nous étions capables de nous prêter au jeu de la télévision et de ses contraintes. C’est une bonne expérience et un bon exercice de style.

Philippe : C’est vrai que cette année a été variée, nous avons fait un gros boulot de répétition, nous avons été confrontés à la scène, la tournée…

Parlez nous un peu de la suite, on a pris note du concert du 1er avril, mais ensuite ?

Muriel : Toujours des dates prévues oui, d’ailleurs je vous invite à vous rendre sur notre site pour en prendre connaissance ! Il y a la grande rencontre avec l’Europe, on se donne les moyens d’y aller et de rendre ces rencontres possibles. Nous allons donc retourner en Autriche, en Hongrie, au Maroc, enfin nous avons plusieurs projets. Notre musique s’exporte de plus en plus, les gens à l’étranger ont toujours envie de nous faire revenir, on aime ce travail à l’international. Quand je vois comment La Familia est accueillie à l’étranger, je me dis que nous avons tout à y faire, nous avons autant à faire là bas qu’ici, c’est pour cela que nous nous autorisons ces voyages là, dans la mesure du possible.

Pensez vous prendre la direction de Yann Tiersen, qui prend un malin plaisir à se produire à l’étranger, en Roumanie notamment ?

Muriel : Peut être que nous allons y arriver, si nous avons un gros succès ailleurs, on va sûrement nous voir moins souvent en France. L’idéal serait que nous marchions partout, bien sûr. C’est vrai que les portes s’ouvrent à l’Est en ce moment. Nous allons participer à un gros festival dans le nord de la Hongrie début Septembre, un autre festival à Vienne en Avril, un autre hongrois en Juillet, un autre gros projet alter – mondialiste en Allemagne début Juillet. On va aussi dans les endroits où les gens ont envie de nous, la vérité est là aussi !

Philippe : C’est très excitant d’aller rencontrer ce public ‘vierge’. La dernière fois, lors du concert de Nuremberg, j’avais l’impression que nous étions au Bateau Ivre à la fin ! Grosse ambiance dans la salle, petite scène. Nous avons joué près de trois heures !

Quels souvenirs gardez vous de votre passage au festival Sziget de Budapest de l’an dernier ?

Muriel : On a tellement aimé qu’on travaille dur pour y retourner ! Pour ma part, je fais tout pour les convaincre. Les hongrois nous adorent. Je ne passe pas par le réseau français, nous discutons directement avec les hongrois. Nous allons chercher à la source ce qui est à prendre à la source !

On parlait de votre site Internet, c’est devenu un élément important selon vous ?

Muriel : Oui, ça n’arrête plus ! Nous avions une fréquence de visites moyenne il y a quelques années, mais ces neuf derniers mois, nous avons fait 9000 visites.

Le mot de la fin ?

Philippe : Rendez vous le 1er Avril au Trianon pour ceux qui pourront être là et pour les autres, il y aura encore des surprises …

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