Le HibOO

La jeune création se trouve des lieux alternatifs…

Deux vernissages cette semaine de deux expos « autoproduites » par de jeunes (ou un peu moins jeunes) artistes de la région. Le manque de lieux pour l’art contemporain à Rouen a favorisé l’émergence d’un système D et d’initiatives associatives qui réservent parfois de belles surprises.

Au « Lieu Dit », rue Beauvoisine, deux filles exposent l’une des photos l’autre des huiles et des objets pour la maison. Intitulée un peu mystérieusement “notre monde à part, notre appart au monde”, l’expo vaut surtout pour les photos de Sophie Levaillant, images d’ici et d’ailleurs mixées à l’aide de l’informatique. Prises au fil des ans et stockées pour mieux ressortir lorsque la composition est « mûre », Sophie juxtapose ses photos de lieux, de graphes, de tags militants à d’autres images. Le procédé n’est pas nouveau mais elle parvient à créer son petit monde en face duquel on ne peut s’empêcher de chercher à … décomposer la composition. Des images originales, singulières servies par la qualité des tirages couleur. L’exposition reste en place jusqu’au mercredi 29 juin, de 11h à 20h. On retrouve le travail de ces deux jeunes femmes toute l’année au Bolokal, rue de la chaîne.

Autre espace, autre démarche collective mais de plus grande ampleur : l’exposition Hors-Jeu à l’espace BDF.. Karl Moro a réuni autour de lui un groupe d’artistes « aux pratiques et aux questionnements pluriels ». Investissant un lieu insolite qui est à la fois l’atelier et le lieu de vie de Moro, à deux pas de la place Beauvoisine, le groupe est composé de François Audemar, Pascale Landais, Arnaud Leblanc, Olivier Le Meur, Julie Lorinet, Karl Moro, Serge Perrichon et Céline Poulain. Pas que des inconnus sur la scène artistique rouennaise ;-)

L’avantage d’une expo collective c’est l’éclectisme, l’inconvénient c’est qu’on a parfois du mal à en voir émerger une intention commune. Tel n’est sans doute pas l’envie de son concepteur qui semble motivé par l’idée de rencontre entre artiste et de créer les conditions pour que ces œuvres soient vues, en dehors des circuits « officiels ».Le collectif c’est aussi la distinction ; les qualités graphiques d’une image composée par Perrichon sautent aux yeux. Pris de dos, le visage du peintre Denis Godefroy semble ne plus exister que sous forme d’une ligne incandescente à force d’être blanche, qui évoque un masque de Brancusi.

Il y a ensuite le cas de Môssieur François Audemar, « peintre de tradition ou quelque chose comme ça » qui joue de sa technique classique pour mieux la détourner et dont l’huître perlière renvoie très clairement à une certaine Origine du Monde, chère aussi à Julie Lorinet. Julie expose à nouveau ses collages, juxtapositions d’images à dominantes culinaires et corporelles qui créent cet étrange sentiment d’attirance et de répulsion que l’on retrouve ensuite sur ses toiles. Les recettes font très 60’ au royaume du bouillon cube, alors que les images érotiques évoquent les 70’ quand bien même elles sont extraites de magasines d’aujourd’hui. Karl Moro propose ses « arrangements variables », portraits inachevés mais pleins de force, juxtaposés à des objets comme oubliés là (l’escabeau) et parasités par une TV en marche. Le Grand Ténia de Pascale Landais repose sur l’accumulation (ici des pièces de simili cuir). Céline Poulain installe des arrangements improbables à base de chaussettes de sport tandis que les petits toutous d’Olivier Le Meur entraînent un mur mille fois plus grand qu’eux.

Vous y verrez bien d’autres choses encore sur lesquelles il faut s’attarder… Sur rendez-vous jusqu’au 9 juillet (02 35 15 20 62). Espace BDF, 5 rue Bras de Fer (entre la place Beauvoine et Jouin Lambert).

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