Neverland

Londres, début du XXe siècle. L’écrivain James M. Barrie est en quête d’un nouvel élan, dans sa vie comme dans son oeuvre : son mariage avec la comédienne Mary Ansell est dans l’impasse, et le public londonien boude sa dernière pièce.C’est en arpentant les allées de Kensington Gardens qu’il rencontre Mme Llewelyn Davies et ses quatre jeunes fils. Une complicité immédiate se noue entre l’écrivain et les enfants sous l’oeil ravi de leur mère, jeune veuve désemparée qui trouve en lui un véritable ami. Son intimité avec la famille Llewelyn Davies grandissant chaque jour davantage, James M. Barrie retrouve son âme d’enfant auprès de ceux qui sont désormais sa plus précieuse source d’inspiration. Il tisse avec eux la trame fantastique, visionnaire et subtilement mélancolique de Peter Pan.

La génèse du mythe Peter Pan ! Décors somptueux, BO sublime, acteurs parfaits, histoire tristement belle … avec Neverland, le cinéma renoue en ce début d’année avec la qualité : on n’y croyait plus !

Commençons de suite les reproches, puisqu’il n’y en a presqu’aucun : le réalisateur a été assez fantasque sur la véritable histoire de Barrie et de la création de l’univers Peter Pan. Cependant, son script ne s’est pas basé sur une biographie, mais sur une pièce de théâtre, déjà elle-même relativement inspirée de la vie de Barrie. L’autre point noir serait que ce film soit sponsorisé par Kleenex !!! En effet, prévoyez une avalanche lacrymale incontrôlée, car ce film est triste …

La réalisation est magnifique : les plans photos, le cadrage, le montage, les décors, le choix des couleurs, l’esthétisme global … tout est parfait. On sera bluffé par le montage transitionnel entre une même séquence jouée par les acteurs dans le ‘monde réel’ et dans le ‘monde imaginaire’. Musicalement, la bande originale a quelques touches elfmaniennes, mais le compositeur Jan A.P. Kaczmarek, aux parties de piano … d’Elton John (si si), sont d’une subtilité adéquate aux images délivrées … des thèmes puissants, mais d’une grande sensibilité : l’univers musical développé contribue énormément à l’atmosphère particulièrement iréelle du film.

Le point d’orgue provient des acteurs : Johny Depp, très bel homme qui a pris ces dernières années à surjouer, surprend ici par la sobriété exemplaire qu’il manifeste. Aucun excès de zèle, il semble autant médusé que le scénariste par le destin incroyable du personnage qu’il incarne. Cependant, Barrie n’était pas bel homme, et avoir choisi Depp pour représenter cet écrivain peut sembler ‘bizarre’ quand on connait un peu la vie de l’écrivain. Mais qu’importe. Kate Winslet confirme son talent, et sa beauté irréelle plongera le spectateur dans un univers magnifique, bien que noir et tourmenté. Mais ces deux acteurs feraient limite pâle figure face à la véritable surprise du film, en l’occurence le prodigieux Freddie Highmore : incarnant à la perfection l’un des fils Davies (Peter), son talent est indéfinissable : il est véritablement le point central de toute la réalisation … absolument hypnotisant (Depp fut tellement impressionné qu’il proposa à Burton qu’Highmore incarne Charlie dans ‘Charlie et la Chocolaterie’) …

Quant à l’histoire, elle dévoile de manière un peu ’simplifiée’ la génèse du mythe (ainsi que du syndrôme) Peter Pan, la vision de Barrie révolutionnaire pour l’époque … à une époque où l’imaginaire devait primer sur les moyens, transformant les histoires banales en récits épiques et merveilleux …

A l’heure où le Bidochon moyen se rue pour voir Iznogoud, Neverland ne connaîtra pas le même succès, nonobstant la présence de Johnny Depp : alors un conseil foncez voir ce véritable condensé artistique, où les odeurs délivrées sont le talent, la poésie, la magie et l’émotion. A voir !!!

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publié par Rod le 26 fév 2005 à 12:19

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