Yves Labbé - Mr Lab!

Difficile de ne pas être médusé par les mélodies planantes electronico-pop / rock de mr lab! (lab! comme Labbé, le nom de famille du chanteur). Le concert du Trianon Transatlantique (voir review) était magique, l’album en vente à la FNAC est à se procurer de toute urgence … il était inéluctable, voire impensable, de ne pas parler de nos chouchous pour qui nous avons craqué depuis l’Armada, alors première partie de Jean-Louis Aubert, également conquis par ce groupe …
Peux tu nous parler de cet album ‘And now, it’s time to go’ ? Comment l’avez-vous fabriqué ?
Nous avons tout fait nous même, d’ailleurs en juin 2004, nous ne savions pas encore comment nous allions procéder. On a pris le parti de faire un album tout en ayant un moment de vie important. Nous sommes d’abord allé à Paris, où pendant 4 jours nous avons enregistré les parties batterie, clavier et guitare en studio. Ensuite, nous avons loué une énorme maison, au cœur du Pays de Bray, dans laquelle on a construit un studio. Le cadre était parfait, avec une décoration du XVIII ème siècle et une architecture suffisante pour nous accueillir. Il y avait un grand parc, nous étions dans de bonnes conditions de travail et à notre rythme. Nous y avons passé trois semaines.
Dans quelles conditions as-tu composé les chansons de cet album ?
De manière générale, je suis seul quand je compose, la plupart du temps chez moi. Je peux très bien trouver un rythme qui me plaît lors d’une balance, avoir une idée guitare voix. Dans ce cas là, j’enregistre et je travaille dessus. D’autres fois j’attends. Si le morceau est dans ma tête le soir et encore le matin suivant, alors c’est qu’on peut en faire quelque chose.
Quelles ont été les premières réactions du public lors des premiers concerts, notamment lors du concert du Trianon en janvier ?
Très positives. Après le concert du Trianon, la FNAC de Rouen m’a appelé en me disant que nous étions la quatrième meilleure vente d’album, dans la catégorie ‘rock indé’. Ça représente quelque chose d’énorme pour nous, ça veut dire qu’à Rouen, en ce moment, nous vendons plus d’albums que Franz Ferdinand ! Forcément, ça nous touche. Ce qui était intéressant lors de ce concert, c’est qu’il y avait des gens qui connaissaient l’album et d’autres pas du tout. En ce moment, nous sommes en pleine tournée des FNAC et nous rencontrons à la fois des gens qui connaissent notre musique et d’autres pas du tout, c’est un peu la même chose. Les ’show case’ nous permettent de jouer nos 6 morceaux et de rencontrer notre public après, c’est très intéressant de discuter musique avec le public.
A coté de ça, une tournée est en place pour promouvoir l’album …
Oui, nous avons quelques dates prévues comme L’Abordage à Evreux le 14 Mars ou encore le festival des ‘Volcaniques de Mars’ à Clermont Ferrand le 16 Mars.
On a souvent du mal à classer la musique de Mr Lab, tantôt electro, tantôt pop rock, ça te pose un problème qu’on ne réussisse pas à la ranger ?
Ce n’est pas un problème du tout. C’est purement marketing. Si tu vas dans un magasin de Rouen, nous sommes au rayon ‘electro’ alors qu’à Troyes nous sommes au rayon ‘rock indé’. Le principal, c’est encore que les gens trouvent l’album. C’est plutôt compliqué de classer. Pour ma part, je revendique le côté rock indépendant dans la mesure où nous avons fait l’album nous-mêmes, il n’y avait pas de directeur artistique derrière. Ma culture est pop rock, mes chansons sonnent electro, tout cela n’est pas bien important finalement.
En écoutant l’album, on s’aperçoit que certains morceaux tels que ‘it’s me again’ ou ‘he’s the one’ sonnent drôlement comme Pink Floyd. La comparaison te fait peur ?
Cela ne me fait pas peur du tout. J’ai toujours écouté Pink Floyd, obligatoirement ça se ressent dans ce que je fais. Je le revendique car Pink Floyd a toujours représenté mon idéal de groupe. Si l’on me dit que je leur ressemble, au niveau musical, alors c’est plutôt un compliment. Leur musique m’a nourri et porté pendant des années. Ce que j’aimais par-dessus tout, c’est que la musique était plus connue que les musiciens. On ne les voyait pas à la télévision, alors qu’ils étaient sûrement le groupe le plus écouté au monde. Nous n’avions pas d’images d’eux, pourtant ils utilisaient déjà le film et l’image quand ils se produisaient sur scène. Je sais pertinemment que dans notre album, il y a des clins d’œil volontaires aux Pink Floyd, c’est une façon de les remercier pour ce qu’ils ont fait.
je revendique le côté rock indépendant dans la mesure où nous avons fait l’album nous-même
Les rencontres avec des gens comme jean Louis Aubert ou encore le groupe Archive ont-elles été déterminantes pour la suite ?
Je ne dirais pas déterminantes… Enfin si, dans le sens où Jean Louis Aubert est notre parrain à tous en tant que musicien français. ‘Téléphone’ a quand même été LE groupe rock français. C’est sûr, quand il vient nous voir et qu’il nous dit qu’il aimerait partager des choses avec nous, c’est plutôt valorisant, pour tout dire, j’ai l’impression qu’une étoile me guide… Nous avons un point commun puisque lui se battait pour imposer des textes en français. C’est le même combat maintenant pour imposer nos textes en anglais. La rencontre avec Archive était plutôt sympa, nous étions dans les loges de l’Exo 7, dans ce sous sol. J’ai discuté 20 minutes avec Craig Walker. Ils n’ont même pas de maison de disque. D’ailleurs ils marchent plus en France et en Europe qu’en Angleterre. Nous avons surtout parlé de ça en fait. On retrouve le même esprit indépendant chez eux et chez nous.
Est-ce que le fait d’être basé à Rouen est un problème supplémentaire ? Ne serait ce pas plus facile si vous étiez à Paris ?
Sincèrement, je ne pense pas. Déjà, nous ne sommes pas loin de Paris, je m’y rends une à deux fois par semaine. De plus, j’ai l’impression qu’il n’y a pas tant de choses que ça qui se passent à Paris. Dans une ville comme Rouen par exemple, tu as des associations, des gens qui sont sur le terrain et qui nous font vivre. C’est la même chose dans des villes comme Nantes ou Toulouse. Je trouve qu’il y a une différence de mentalité et d’action de terrain entre Paris et la Province. Je ne revendique pas spécialement mon côté rouennais quand je me déplace, je n’ai pas l’impression que nous soyons soutenu par la ville et le public de Rouen. J’ai parfois l’impression que nous ne sommes pas attendus. Le public rouennais est un public dur, très difficile à fidéliser.
On change de sujet : Le téléchargement sur internet, piratage, ou bon moyen de se faire connaître ?
Internet, c’est un nouveau média de diffusion. Ce qui me fait rire, c’est que les maisons de disque n’ont pas pris ça au sérieux il y a quelques années. Elles auraient pu appréhender et en faire quelque chose. Il y a différentes façons de télécharger de la musique, par exemple, sur notre site, nous avons mis un morceau à télécharger. Nous l’offrons. Un titre, ça ne représente rien pour nous, je préfère largement être écouté et gagner un peu moins d’argent. Le piratage devient gênant à partir du moment où il nuit à la production. Pour des indépendants comme nous, le paramètre de la diffusion est important. D’un autre côté, on peut maintenant acheter des morceaux sur des sites spécialisés qui ne sont pas très cher. Internet est en train de bouleverser le commerce, que ce soit en musique ou dans d’autres domaines, les artistes vont s’y retrouver. Il faut laisser le temps au phénomène de mûrir et de se mettre en place. Nous avons reçu des mails d’Afrique du Sud, de Corée, des Etats-Unis où les gens nous demandaient s’ils pouvaient mettre notre musique en ligne sur leur site. Je suis vraiment content de savoir qu’il y a des gens en Afrique du Sud ou en Corée qui écoutent notre musique, même si c’est trois ou quatre personnes ! Ces gens là peuvent commander l’album sur le net, chose qui n’était pas possible il y a 10 ans.
Traditionnellement nous laissons le mot de la fin aux personnes interviewées, alors vas y c’est à toi…
A titre personnel, j’aimerai remercier le-hiboo.com, vous faites vraiment un super travail. Je vous apporte tout mon soutien parce que vous travaillez quand même sur une ville qui n’est pas facile à bouger. Le lendemain du concert du Trianon, je savais que je pouvais aller retrouver les photos sur le site, c’est formidable ce côté hyper réactif. Ce qui est bien, c’est aussi de couvrir les groupes moins connus comme vous le faites. C’est un lien énorme avec un grand nombre de choses dans la vie nocturne de Rouen.