Aviator

Aviator couvre près de vingt ans de la vie tumultueuse d’Howard Hughes, industriel, milliardaire, casse-cou, pionnier de l’aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l’industrie aéronautique en même temps qu’une figure mythique, auréolée de glamour et de mystère.
Le voilà le nouveau Scorsese… Deux ans après le plutôt moyen Gangs of New York, Scorsese retrouve Di Caprio et lui offre son plus grand rôle à ce jour.
Le film, malgré ses 2h45, est d’une fluidité incroyable et on ne s’ennuie pas une seconde. Comme toujours chez le réalisateur des Affranchis, son talent de narrateur fait mouche. D’un personnage somme toute complexe, torturé et riche, il en ressort une histoire d’une magistrale limpidité tout sauf confuse. Howard Hugues est un personnage typiquement Scorsesien, forcément intéressant à comprendre, un personnage sujet à des troubles comportementaux qui se manifestent sous la forme d’une peur des virus où une simple poignet de mains devient une épreuve. Une peur qui se transformera en folie. Une folie que le réalisateur semble attribuer à sa mère montrant cette dernière le mettre en garde face aux épidémies qui parcourent le monde. Une folie qui ne fera que s’aggraver au fil du temps jusqu’à l’isoler totalement. Cette dégénérescence mentale est symbolisée à l’écran par les crashs aériens (magnifiquement reproduits) de Howard lors d’essais de vitesse… Des crashs dont il ressort physiquement amoindris mais mentalement plus fort, plus déterminé que jamais à aller au bout de ces convictions.
La reconstitution de l’époque est en tout point superbe. Musique d’antan, scènes de fêtes, on ne peut que saluer le talent de Scorsese qui nous projette littéralement quelques années en arrière. Un mot sur Leonardo Di Caprio qui compose ici sans nulle doute son meilleur rôle à ce jour et prouve une fois de plus qu’il est réellement l’un des acteurs les plus doués de sa génération. Il est entouré d’une pléiade de seconds (troisièmes?) rôles dont on retiendra essentiellement une Cate Blanchett très convaincante en Katherine Hepburn et une Kate Beckinshale malheureusement trop en retrait en Ava Gardner.
Soyons clairs, le film n’atteint pas les cimes d’un Casino ou d’un Taxi Driver mais un Scorsese en pilotage automatique (restons dans la métaphore de l’avion) reste quand même un excellent hors d’œuvre à défaut d’un chef d’œuvre. Le plus gros problème est que le film ne décolle jamais totalement ou seulement lors de quelques passages. Si l’on a droit à des scènes grandioses (la reconstitution des batailles aériennes de Hell’s Angels, les crashs, la folie de Hugues…), on a connu Scorsese plus inspiré pour le reste du film. Comprenons nous bien, ça reste au-dessus de la majorité des productions habituelles, un Scorsese en roue libre, c’est déjà un régal!Alors oui, c’est Scorsese derrière la caméra et on sait qu’il peut faire mieux (le film reste un film de commande mais c’est pas une raison) mais il serait regrettable de bouder son plaisir. Aviator est un très grand film.