Le HibOO

-M- au Zénith de l’Agglo

Magicien. Magnifique. Majestueux. Mélodique. Toutes les éloges dithyrambiques existant sur Terre, jadis utilisés pour les divinités, ne suffiraient pas à décrire ce concert incroyable au Zénith. Mathieu Chedid et ses compères ont assuré un show de 3h d’une qualité inouie.

Dès 14h les grilles du Zénith sont prises d’assaut par les groupies prépubères, qui voient dans le personnage crée par Mathieu Chédid la réponse à leur fantasme adolescent : M est beau, M chante bien, M est génial. On est tous passé par là. Mais réduire le public de -M- à des minettes hystériques serait réducteur : en effet, dans le public, des trentenaires viennent rejoindre les troupes … et à 18h00 cette vague humaine s’empare des portes du Zénith …

Les gens attendent, mangent, boivent, discutent de leur concert de Caen (20 octobre) et de la première venue du chanteur à Rouen (3 novembre) … ils sont souriants, et sont tous très excités.

20h10 … Mathieu arrive sur scène : le public hurle à s’en exploser les cordes vocales. Pas encore déguisé (lui-même dira qu’il est en phase de transformation), pas encore les cheveux lookés ‘Astro le Petit Robot’, il remercie le public d’être présent, les groupies hurlent déjà leur amour incommensurable pour le chanteur. Ce dernier en profite pour présenter sa première partie, une dénommée Pauline Croze … elle entre sur scène, toute émue. Le public applaudit et scande avant la première note ‘Pauline’, ‘Pauline’ … fait assez rare : en effet, les premières parties ont l’habitude de plutôt jouer face à un public fanatique qui ne veut que son groupe favori sur scène.

Pauline Croze est une découverte très talentueuse. Quand elle parle, son timbre est cassé, raillé. Quand elle chante, son organe vocal se transforme en mélodie planante, pure, sans limite, à la tessiture large, au timbre vraiment hypnotisant. Ses textes et ses accompagnements de guitare font mouche. Sans oublier cette magnifique reprise, chantée en choeur, de Gainsbourg, ‘La Javanaise’, avec comme conclusion ‘Il n’y a pas mieux que lui’. Pauline est applaudie, ovationnée. Sa fraîcheur et sa timidité la rendent d’autant plus touchante … quelques 40mn plus tard, son set se termine sous une pluie de cris et de félicitations.

30mn de préparation … 21h20 … LE show commence.

C’est à partir de ce moment que le Zénith tout entier entre dans une espèce de 4ème dimension au delà du réel. Les musiciens sont visiblement en forme, le public électrique, chaud, bouillant. La symbiose opère aussitôt. Mathieu Chédid, non seulement excellent musicien, s’avère tout aussi pédagogue. Il fait ce qu’il veut du public, et en profite pour lui inculquer, le temps d’un concert, le savoir-vivre du bon public : se taire, faire du bruit, savoir écouter, savoir savourer. Mais un concert de M est avant tout un spectacle, avec des showmen de talent. Que ce soit le jeu de scène, la qualité et la variété musicale, le Zénith devient un énorme gâteau auditif, où l’on savoure chaque part dégustée. Un climat de fête, de frénésie, de folie et d’amour emplit le lieu. Les morceaux passent du rock au blues, de l’electro aux sonorités orientales … quand on parle d’un concert de M, on devrait plutôt parler de plusieurs concerts en un seul.

Parmi les recettes répétées mais éprouvées, Mathieu invite quelques chanceux à monter sur scène, à chanter, à danser … une gloire éphémère, le temps de quelques minutes, devant un Zénith conquis …

La chaleur étouffante provoque bien sûr pour les plus frêles des malaises inéluctables, mais qu’importe : cette même chaleur, comparable à celle de Muse en mars dernier (la dimension humaine en plus) est la traduction d’un concert fantastique, irréel, qui transporte une foule dans un univers à la fois familier et singulier. Le premier rappel est l’occasion pour tous de déguster ‘Qui de nous 2′ … 3 autres rappels suivront : le public, même la lumière rallumée, ne voudra pas partir, applaudira non stop, hurlera dans tous les sens, et les musiciens reviendront sur scène pour interpréter d’autres chansons … un set de presque 3h. Pour 31 euros, autant le dire, on en a pour son argent.

M, c’est une révolution. Musicale car il apporte à la chanson française un nouveau souffle, avec des accords et des mélodies uniques. Culturelle, car M est au service de son public : ici ils ne sont pas spectateurs du concert, mais acteurs, et cette notion est très importante dans le déroulement du show. M est un mutant magicien magnifiquement majestueux. En rhétorique, on appellerait ça une alitération. Pour ma part, je préfère dire que M est l’allégorie de la Musique.

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