La Marche de l’Empereur

L’histoire des manchots empereurs et de leur cycle de reproduction est unique au monde. Elle mêle amour, drame, courage et aventure au coeur de l’Antarctique, région la plus isolée et inhospitalière de la planète. Un scénario offert par la nature, qui se perpétue depuis des millénaires et que les hommes n’ont découvert qu’au début du XXème siècle. La Marche de l’empereur raconte cette histoire extraordinaire …
Avant de descendre le film, rendons hommage au réalisateur Luc Jacquet, qui a vécu 1 an avec ces mystérieux animaux dans des conditions climatiques extrêmes (-40°C !). Les images qu’ils rapportent font douter de l’existence d’une telle beauté pure sur notre planète bien souillée par un monde détruit par la pollution des pays riches, et le personnage du manchot empereur est à la fois intéressant, déroutant (quelle évolution de la nature !) et stupéfiant … ils chantent lors des phases nuptiales, et se blotissent dans un silence absolu lors de la lévée de blizzards terrifiants. Les plans photos sont magnifiques, beaucoup sont inutiles pour la trame scénaristique … ils sont là dans un but décoratif, pour planter le décor …
La musique d’Emilie Simon est un parti pris : en général les films à vocation documentaire (même si La Marche de l’Empereur ne l’est pas tout à fait) ont leur bonne dose d’orchestre symphonique avec violons lancinants … la jeune auteur/compositeur/interprète ose insérer dans ses partitions des samples cristallins, de l’electro, et même si les thèmes ne sont pas d’une grande recherche, elles se laissent écouter … les puristes grinceront des tympans, les autres découvriront une artiste de talent.
Ce qui gêne à la qualité première de ce long métrage, c’est avant tout sa longueur. Un montage trop minutieux fait disparaitre l’émotion spontanée que l’on ressent lorsque l’on aperçoit pour la première fois ces animaux isolés du monde. Néanmoins le point négatif vient sans aucun doute dans ce parti pris d’humaniser trois manchots avec les voix de Rohmane Boringer, Charles Berling et Jules Sitruk. L’antropomorphisme dans son excellence … dans le but de capter le jeune public ?! Espérons … dès lors on peut remettre en question la souffrance finalement inutile qu’a enduré le réalisateur : pourquoi filmer des images et des animaux qui auraient suffi à eux-mêmes pour détruire toute la magie naturelle avec des voix off hors propos ?!
Allez cependant voir ce film, ne serait-ce que pour la beauté des images, des plans, des macros réalisés sur ces animaux étranges venus d’une autre planète … mais n’oubliez pas vos boules quies.