Le HibOO

Rois et Reine

Deux histoires disjointes : d’une part le couronnement de Nora Cotterelle, qui s’apprête à se marier, et d’autre part la déchéance d’Ismaël Vuillard, interné par erreur dans un asile psychiatrique et sur le point d’en sortir en piètre état. Ces deux intrigues se rejoignent quand Nora propose à Ismaël l’adoption de son fils Elias …

Le cinéma français aura connu une année 2004 en dents de scie : malgré le succès populaire des Choristes ou d’Un long dimanche de fiançailles et sans oublier le très bon Le Convoyeur, le spectateur avide de productions françaises resta un peu sur sa faim. Il aura fallu attendre le mois de Décembre pour voir arriver le film que l’on attendait depuis… depuis bien trop longtemps.

Précisons tout de suite qu’il est impossible de décrire totalement tous les thèmes abordés dans le film, la meilleure restera de toutes façons de les découvrir dans une salle obscure. Film somme qui sonne comme le film français définitif de ce début de siècle. Rois et Reine se base essentiellement sur deux personnages qui ne se rencontrent pratiquement jamais. L’un, Nora, doit faire face à deux deuils, celui du père de son enfant qui le hante dans ses rêves et celui de son père sous le point de mourir. L’autre, Ismaël, l’ex de Nora, subit une crise identitaire et doit faire face à de nombreux problèmes allant du fisc à un internement dans un hôpital psychiatrique.

Le fil rouge de l’histoire est l’adoption. Mais le film aborde des thèmes aussi variés que la famille en générale, l’amour, la folie … Le réalisateur jongle habilement entre des moments légers et presque surréels et des moments d’une intensité dramatique rare. On rit puis on le ravale très vite à la noirceur de la scène qui suit. On pense à Bergman, à Chaplin… Mieux, il ne tombe jamais dans le mélodrame larmoyant.

La mise en scène est somptueuse et beaucoup moins esthétisante que dans ces précédents films. Arnaud Desplechin filme ses acteurs et les laisse s’agiter dans le cadre. Le montage est lui aussi admirable; utilisation de flashbacks puis passage d’un personnage à un autre avec une telle fluidité que le spectateur n’est jamais perdu.

Les acteurs sont parfaits, tous sans exception. Emmanuel Devos, fragile et forte à la fois. Hippolyte Girardot, en avocat sous acides, étonne. Catherine Deneuve, Jean Paul Rousillon, Maurice Garrel, Nathalie Boutefeu, le casting fait un sans faute. Mais celui qui impressionne le plus, c’est Mathieu Amalric, qui joue Ismaël. Il incarne un personnage torturé, drôle, sensible avec une facilité et un réalisme déconcertant. Interné par sa sœur, Ismaël n’est certainement pas le fou qu’elle veut bien voir. Il suffit d’entendre son monologue final qu’il prodigue à Elias pour s’en convaincre … Un grand film.

Laisser un commentaire

Pour afficher un avatar / votre photo avec votre commentaire, inscrivez-vous sur www.gravatar.com

* = champ obligatoire