Claude Lelouch
UGC Ciné Cité Rouen avait fait salle comble pour l’évènement cinéma, l’avant première du film ‘le genre humain : les parisiens’. Claude Lelouch et Maïwenn Le Besco, sa nouvelle égérie, étaient présents pour l’occasion. Rencontre avec un passionné, qui nous parle de son film, de sa façon de voir la vie, des hommes et des femmes.
Où avez-vous trouvé l’inspiration pour écrire cette histoire ?
La plupart des histoires du film ont été inspirées d’histoires vraies, par exemple, l’histoire de Maïwenn et Massimo, c’est un peu l’histoire qui est arrivée à Jaques Brel et à Philippe Léotard. C’est un peu un mélange des deux personnages, j’ai eu la chance de les côtoyer. Jaques Brel était amoureux d’une femme qui s’appelait Suzanne Gabriel, le jour où elle est partie, il a écrit ‘ne me quitte pas’. C’est à partir de ce moment là qu’il est devenu le ‘grand’ Brel.
Vous avez réuni, une fois de plus, une pléiade d’acteurs. On ne peut toutefois s’empêcher d’avoir une pensée particulière pour Ticky Holgado. Etait-ce son dernier grand rôle au cinéma ?
Ce fut un moment assez difficile pour nous tous, puisque nous avons accompagné Ticky jusqu’à la mort. Il a tourné le dernier plan, celui où il chante ‘le bonheur, c’est mieux que la vie’ deux jours avant de disparaître. Je pense que le film lui a permis de vivre ses derniers jours avec de l’espoir. C’était un ange, c’est pour cela qu’on lui avait confié le rôle de dieu.
Pourquoi avoir choisi Massimo Ranieri pour le rôle du chanteur italien ?
C’est un mec extraordinaire, en Italie, il est l’équivalent d’Yves Montand. Il chante et peut faire des acrobaties, marcher sur un fil. C’est un personnage complètement féminin, qui a beaucoup évolué, au départ il devait être français, et puis je me suis dit que ce serait bien qu’il soit étranger pour regarder les parisiens avec un œil différent. Je ne savais pas vraiment quelle nation j’allais prendre. Un soir, ma femme, qui est italienne, m’emmené voir un spectacle en italien : Polichinelle. J’ai eu le coup de foudre et c’est pourquoi j’ai choisi de donner cette nationalité au chanteur dans le film.
La musique occupe une place primordiale dans votre film …
Le cœur du film, c’est l’amour et sa difficulté à le trouver. La musique est généralement très importante dans tous les films, c’est ce qui parle le mieux à notre inconscient, ce qu’il y a de mieux dans chacun d’entre nous. Ce qu’aiment les femmes chez les hommes, c’est quand ceux-ci ont des parfums de vérité, qu’ils se servent plus de leur inconscient que de leur intelligence. Dans notre société, tout est fait pour développer notre intelligence rationnelle, on nous fait comprendre qu’on est là pour 50, 60 ans, qu’on est mortels. Notre inconscient, lui, nous dit bien d’autres choses. On a appris à plus croire notre intelligence rationnelle que notre intelligence irrationnelle. La musique des films s’intéresse donc à votre inconscient, lorsque vous l’entendez, vous êtes ailleurs, vous décollez
Vous dites que ce qui peut nous arriver de pire, c’est ce qui nous arrive de mieux … Comment doit on comprendre cette phrase ?
Et si la mort était une récompense ? C’est une question que je me pose depuis toujours. Personnellement, je me rapproche de plus en plus de la mort, et j’ai très envie que ce soit une récompense. Je pense que c’est une récompense, mais heureusement qu’on en est pas convaincus sinon, on se suiciderait tous. Dans le troisième volet, je vais raconter l’arbre généalogique de tous mes personnages avec un flash back, qui va remonter depuis le big bang, jusqu’à nos jours. Pour en revenir à la phrase, je pense que les gens qui ont peur des emmerdements ne seront jamais heureux. Le bonheur, on le trouve à chaque fois que l’on sort d’un emmerdement, c’est pourquoi je pense que la mort est la récompense suprême.
… je pense que les gens qui ont peur des emmerdements ne seront jamais heureux.
Pour tourner ce film, vous avez lâché la pellicule pour tourner en HD, est ce une grande première pour vous ?
Depuis la naissance du cinéma en 1895, tout était enregistré sur des pellicules chimiques. Il se trouve que depuis une dizaine d’années est apparu le numérique. Jusque maintenant, ce n’était pas encore très performant, mais là, on peut dire que c’est au point. Le chimique va être remplacé par le numérique. Il y a beaucoup d’avantages à cela, par exemple, les scènes de nuit ont été tournées sans lumières. Et puis, les pellicules coûtent beaucoup plus cher. Avec cette nouvelle technologie, j’ai 50 minutes d’autonomie par scène, ce qui nous permet de refaire les scènes plus facilement, contrairement au 35 mm où nous avions 7 minutes pour chaque scène.
Quels seront les titres et les champs d’élargissement des deux autres volets du ‘genre humain’ ?
J’ai commencé par les parisiens car c’est le milieu que je connais le mieux, je suis moi-même de Paris, je savais donc de quoi je parlais. Il y a une grande différence entre Paris et la province. Dans le film on retrouve, d’un côté les démunis et de l’autre, les snobinards. Dans les grandes villes, en général, ce sont les deux extrêmes. Les nantis exploitent les autres. En province, la classe moyenne peut mieux se développer, c’est une grande famille alors qu’à Paris, chaque place est très chère. Vivre à Paris, c’est une compétition, un cauchemar. Pour en revenir à la question, j’ai voulu montrer, dans la première partie, les nantis et les démunis. Dans la deuxième, je m’intéresse à la province, à la classe moyenne et dans la troisième partie, nous allons faire le tour du monde. On ne peut parler du genre humain sans parler de ce qu’il se passe sur la planète.
Avez-vous déjà écrit les trois films ou bien reste t-il des incertitudes ?
Non, les trois films sont écrits, mais il est vrai qu’après avoir tourné les deux premiers, je vais changer un certain nombre de choses dans le trois. Je me suis justement laissé une fourchette de temps pour pouvoir rectifier un certain nombre de choses. Lorsque je découvre le film terminé, il est toujours différent de celui qui était écrit.
Quand pourra t-on voir la suite du film ?
Bon, cela veut dire que vous avez envie de voir la suite (rires). Le deuxième volet sortira en Mars 2005 et le troisième en janvier 2006.