Lost in Translation

Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour touner un spot publicitaire. Il a conscience qu’il se trompe - il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d’argent.Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s’intégrer à la réalité qui l’entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire. Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s’intéresser davantage à son travail qu’à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d’attention. Elle va en trouver auprès de Bob …
Sofia Coppola après le fantastique Virgin Suicide revient en force avec Lost in Translation. Avec un duo d’acteurs qui démontrent qu’un film loin d’Hollywood peut être un film exceptionnel.
Il est inutile de faire un long discours : le film est tout simplement génial. Et ne pas aller le voir serait boycotter la preuve vivante que le cinéma de qualité existe encore dans ce méandre grotesque de blockbusters dont la taille des budgets sert avant tout à pallier l’essentiel de l’essence d’un film : de bons acteurs, un bon scénario et des émotions.
Bill Murray et Scarlett Johansson imposent à ce décor très jeu vidéo qu’est le Japon tout leur talent émotif. Bill Murray égal à lui même, dont le flegme naturel et son charisme indéniable rappelle inéluctablement à Un jour sans Fin : un homme blasé de tout, de sa vie, et qui à la cinquantaine, revit grâce à la rencontre d’une jeune femme. Le personnage est grandiose, et emmène le spectateur là où il le veut : dans la tendresse, dans l’éclat de rire, dans la compassion. Face à ce monstre, la fragile et incroyablement douée Scarlett, qui du haut de ses 19 ans, prouve une fois de plus (après ses apparitions dans Juste Cause, ou encore L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux) son talent : et Sofia Coppola la met en valeur : chacune de ses apparitions sont l’exact reflet de la femme enfant qui décide de prendre en main sa vie, et de lui accorder un sens, et cela en dépit de la morale (le défi de la femme mariée, et la différence d’âge avec Bill Murray). Plus que convaincante, nul doute que le spectateur sera à la fois émerveillé par l’aura qui émane de cette actrice, mais également touché par sa prestation.
Pour finir, rendons hommage à une des cinéastes les plus douées et les plus professionnelles de ce cinéma contemporain, Sofia Coppola. Qui filme intelligemment. Qui s’autorise d’explorer un monde de deux inconnus qui trouvent enfin le sens à leur vie. Qui ne prend aucun parti pris, tel une tranche de vie. Et qui nous filme un Japon à la fois sublime et fascinant (de par ses décors, ses immeubles, ses lumières, ses coutumes), mais aussi dérangeant, voire malsain (l’effet surabondant de la publicité, les salles de jeux, les discothèques lugubres, une mentalité aux antipodes de l’occident …). Sofia Coppola invite au dépaysement visuel et émotionnel. Sans oublier la bande originale qui est de toute beauté. Vous l’aurez compris, un film grandiose.