Le HibOO

La Mort de St Sylvestre (2003)

Jour jadis célébré dans la démesure la plus complète, les habitudes des gens, les nouvelles lois sanctionnant sévèrement l’alcool, et les problèmes liés à un ordre plus économique font que la St Sylvestre est désormais sur la pente de l’agonie.

Rouen possède des centaines de restaurants, des dizaines de bars branchés, et plus d’une vingtaine de discothèques. Il ne manque rien pour y faire la fête, et encore moins le jour de l’An, où la tradition met en avant notre hypocrisie refoulée : ‘bonne année, bonne santé, et beaucoup de bonheur’ … dès 20h le ton était donné : les rues étaient désertiques, aussi vides qu’un dimanche soir d’août, sauf que la température était plutôt sibérienne : un vent glacial se faufilait, solitaire, à travers les ruelles sombres et abandonnées. Les restaurants qui jusqu’alors refusaient les derniers retardataires qui auraient eu le malheur de ne pas réserver un mois à l’avance leur place ont connu le vide sidéral : ainsi en arrivant aux portes du ‘Jardin des Délices’, excellent restaurant chinois rue Percière, la première question fut ‘avez-vous réservé ?’ et malgré une réponse négative, de nombreuses tables libres étaient à disposition.

Concernant les bars, l’apocalypse prenait toute son ampleur. Rouen et son agglomération, fière de ses 450 000 habitants, n’a même pas pu remplir les seuls survivants de l’holocauste : hormis le Moon’s Café, le P’tit Marais et le Guevara, tous avaient fermé. Un constat pour ces établissements : un succès de leur ouverture pour l’apéro, pour ensuite être désertés aux environs de 22h00/22h30.

Pour les discothèques, ce fut plus nuancé. L’EuroClub se remplissait péniblement à 1h30 du matin, le Kiosque était quasi-vide à 2h (mais attendait du monde plus tard, en particulier les habitués) et le Velvet fut relativent ravi des 450 personnes présentes aux alentours de 4h du matin. Cependant d’après Vincent Verpraat, le gérant du Velvet, il avait déjà senti l’année précédente une baisse sensible, alors que les années précédentes, il atteignait sans problème les 700 personnes. Les rues étaient vides, les voitures peu nombreuses, beaucoup d’alcooliques recalés déambulaient tels des fantômes, le vent glacial de plus en plus insupportable, et les médias avaient fait l’écho d’une tempête de neige qui ne se manifesta que timidement vers 6h du matin. Ajoutons des contrôles d’alcool encore plus systématiques que lors du réveillon de Noël … Beaucoup d’ingrédients réunis pour que finalement, les gens ne sortent pas, ou n’aient pas envie de sortir.

Mais si la St Sylvestre se meurt, l’explication ne vient pas que d’un problème de choix politique, ou d’une météo capricieuse : en effet, la période conjoncturelle fait que dépenser plus cher pour une manifestation devenue sans intêret n’intéresse plus grand monde, et qu’un budget oscillant entre 20 et 60 euros (en fonction des dicothèques) est davantage utilisé pour se faire un excellent repas ainsi qu’une ‘beuverie’ digne de ce nom entre amis : meilleure ambiance pour moins d’argent dépensé, et aucun risque d’être contrôlé par la police. Par ailleurs, n’avoir jamais rien proposé de ’spécial’, les discothèques aujourd’hui paient le lourd tribu d’avoir perdu une clientèle qui attend désormais autre chose qu’une surtaxe du droit d’entrée ‘parce que c’est le 31 Décembre’. Exception faite pour le Kiosque, qui avait gardé ses prix à l’identique, estimant ‘que le 31 décembre est désormais un jour comme les autres’ confie Rémy, gérant de la discothèque.

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