In the Cut

Professeur de lettres new-yorkaise, Frannie vit seule. Bien qu’étudiant l’argot et les romans policiers, elle s’est toujours tenue loin de l’aspect glauque de la ville. Un soir, dans un bar, elle est le témoin d’une scène intime entre un homme et une femme. Fascinée par l’intensité de leur passion, elle n’a que le temps de remarquer le tatouage de l’homme et la chaleur de son regard. Le lendemain, elle apprend qu’un meurtre a été commis tout près de chez elle. Malloy, le policier chargé de l’enquête, a le sentiment qu’elle est au courant de quelque chose. Frannie se sent attirée par cet homme, mais son attitude l’effraie tout autant que le tatouage sur son poignet. Le doute s’insinue en elle.Impliquée chaque jour un peu plus dans l’enquête et dans une liaison qui libère autant qu’elle lui fait peur, Frannie est tentée de tout quitter…
Jane Campion tente par ce thriller particulier de définir ce que sont les relations de la vie moderne, sous fond de boucherie et de sexe, prétexte pour mettre en valeur tous les sens. Film dérangeant, et par là même, intéressant. Mention spéciale à Meg Ryan, extraordinaire.
Il est incroyable de voir à quel point Jane Campion a, via sa caméra, joué à un exercice de style avec les mises au point : le premier plan net, l’arrière plan flou, ou encore les passages texte du métro sont superbes. Les sens sont mis en valeur : l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût. Les désirs refoulés d’une vie stéréotypée et normalisée sont ici annihilés : des termes (voire des images, d’où son interdiction aux moins de 12 ans) crus, pour ensuite enchainer avec de la poésie … tout le film repose sur la dualité, le contraste.
Mais ce film ne serait pas aussi fantastique sans Meg Ryan. Tout simplement transformée, son jeu d’actrice prend ici toute sa mesure, signant ainsi, et de loin sa meilleure prestation au cinéma.
Le scénario est haletant dans le sens où il n’arrête pas de nous emmener dans des directions difficilement prévisibles, et l’absence quasi totale de musique permet de concentrer le spectateur sur des messages plus visuels. Une véritable mythologie du sexe et de l’amour, d’ailleurs défini par Jane Campion par le fait que l’héroïne rencontre les problèmes que beaucoup de gens affrontent dans la vie citadine d’aujourd’hui. Elle s’interroge sur la sexualité, la honte, le désir et la peur des choses qui semblent n’avoir aucune logique, aucun ordre. A voir absolument, ne serait-ce pour encourager un cinéma loin des collines d’Hollywood, aussi bien dans le fond que dans la forme. Certaines scènes sexuelles (peu nombreuses, mais marquantes) et cadavériques (peu nombreuses … mais marquantes) pourront rebuter les âmes sensibles.