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Indigènes

Indigènes : Sami Bouajila

En 1943, alors que la France tente de se libérer de la domination nazie, le parcours de quatre “indigènes”, soldats oubliés de la première armée française recrutée en Afrique. Abdelkader, Saïd, Messaoud et Yassin, réputés pour leur courage, sont envoyés en première ligne. Argent, amour pour la France ou pour l’armée française, foi en la liberté et l’égalité, leurs motivations divergent pour un même combat, libérer la France, les armes à la main.

Film incroyable, “Indigènes” ne mérite que des éloges et des comparaisons dithyrambiques. Forcément, on ne peut que penser au très récent “Joyeux Noël” de Christian Carion, où les fraternisations entre français, allemands et anglais durant la première guerre mondiale furent volontairement occultées des livres d’histoire. Ici, ce sont les peuples d’Afrique du Nord qui ont été oubliés nonobstant leur participation activiste aux côtés des Français durant la seconde guerre mondiale.

A l’instar du film de Carion, le casting est monstrueux, et transporte jusqu’au bout. Mention spéciale à Sami Nacéri, habitué aux films d’action musclés, qui envole son rôle dans une interprétation subtile et sensible (la scène de l’Eglise est édifiante). Jamel Debouzze n’est pas en reste : si Angel-A de Besson avait permis au public de voir en cet acteur un potentiel dramatique sidérant, “Indigènes” lui permet de démontrer son talent grâce à une palette émotionelle bluffante. Sami Bouajila y développe un personnage attachant et émouvant, tandis que Bernard Blancan y joue un sergent aux multiples facettes. Ils sont TOUS géniaux, de toute manière.

Indigènes sur le plan visuel, c’est un peu Victor Hugo et de son sublime Châtiments : alors que l’auteur de la fin du XIXe siècle rendait hommage à Napoléon et à sa défaite cuisante en Russie avec des métaphores et autres figures rhétoriques éblouissantes, Rachid Bouchareb filme avec talent, poésie et humanité l’horreur omniprésente. Les cadrages et plans photos transportent, les transitions entre les dates et situations sont sublimes, et les profondeurs de champs (notamment dans les Vosges) sont maitrisées à la perfection ; on ne sait que penser : on assiste à un tableau magnifiquement horrible, où la beauté de la réalisation est en perpétuel constraste avec une guerre sale et malsaine. La langue algérienne est omniprésente, la révolte aussi. 60 ans plus tard, il est difficile en tant que Français, qui assiste à cette projection, de ne pas être scandalisé. Scandalisé par un peuple qui s’est offert à la France, qui n’attendait que de la reconnaissance comme récompense, mais qui a été baffouée, oubliée et spoliée. Un film à voir, et à faire voir : des actes héroïques qui ne seront probablement jamais relatés dans les cours d’Histoire.

Un trackback

  1. 10.12.2006 | Le HibOO » Cinéma, Sorties, Critique de film, » Mauvaise foi

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