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Florence Moncorgé Gabin

Florence Moncorgé – Gabin est une habituée des plateaux de cinéma, elle travaillait déjà avec son père, Jean Gabin, dans les années 70. C’est pourtant la première fois qu’elle enfile le costume de metteur en scène. Un premier film, Le passager de l’été, qu’elle est venue présenter aux spectateurs de l’UGC Ciné Cité, mardi dernier. Rencontre avec une dame qui impose le respect.

Comment convaincre des acteurs de tourner plusieurs semaines les pieds dans la boue ?

Je me suis complètement immergée des les premiers jours de tournage dans cet univers de campagne. Nous avons tourné en Mai – Juin de l’année dernière et il faisait le même temps qu’en ce moment. Nous avons vécu deux mois à la ferme, le contexte n’était pas évident. Les acteurs ont fait quelques allers – retours sur Paris, mais la plupart du temps nous vivions tous là bas. Tout le monde était logé dans des gîtes ruraux ou dans les petits hôtels du coin, le fait de vivre dans le décor de l’endroit où l’on travaille, ça aide beaucoup.

Certains acteurs sont particulièrement à l’aise, on pense à Catherine Frot ou Gregori Derangère, ont-ils subi une préparation particulière ?

Ils sont juste arrivés deux jours avant le début du tournage pour apprendre à traire les vaches par exemple, à faucher, à conduire la charrue avec la jument, à couper du bois. Ils s’y sont vite mis parce que ce sont de grands professionnels. Il est vrai que Gregori avait une gestuelle qui était déjà très campagne, il n’est pas du tout rat des villes, mais plutôt rat des champs. Il aime cette mentalité. Catherine est très pro également, il n’y a pas eu de problèmes.

Qu’est ce qui vous a poussé à les choisir les uns et les autres ?

Je les ai choisis par rapport à mes personnages. Il me fallait des gens qui soient capables d’entrer dans la peau de paysans, ce n’est pas évident, il y a beaucoup d’acteurs mais peu sont capables de jouer un paysan. Pour le rôle de Joseph, il me fallait un garçon de 30 ans. Gregori est le premier que j’ai choisi, je l’ai vu en photo dans un journal, début 2003. Il n’avait pas encore fait ‘Bon voyage’ à l’époque. J’ai trouvé que son physique correspondait à ce que je cherchais. Il a eu le César pour son rôle dans le film de Rappeneau. Pour Catherine Frot, il me fallait une femme d’une cinquantaine d’années qui soit très naturelle, dans le sens où je voulais une femme très peu maquillée. En règle générale, les actrices de cet âge veulent garder leur côté glamour. Il me fallait quelqu’un de très nature pour entrer dans le monde paysan. Ca me plaisait aussi de mettre quelqu’un à contre emploi, ça m’amusait. Elle a un peu hésité quand je lui ai proposé le rôle, elle pensait que son public ne s’y retrouverait pas. L’envie a quand même été la plus forte.

Le metteur en scène est le capitaine du bateau, il doit savoir tout ce qu’il se passe à bord de son navire, ça fait partie des choses que je savais déjà

Avez-vous écrit les rôles des personnages en pensant aux acteurs qui les joueraient ?

Non, au départ, je n’avais pas du tout les visages de mes comédiens, à part pour Mathilde Seigner à qui j’avais écrit le rôle de la pharmacienne. Pour les autres, je n’avais pas de visage. Des silhouettes se dessinent au fur et à mesure, mais pas de visages particuliers. J’ai fait plusieurs moutures du scénario et quand j’ai su qui allaient être les acteurs, j’ai retravaillé une dernière fois pour que ça colle. Je pense plus particulièrement à Catherine Frot.

L’histoire se déroule juste après guerre, aurions-nous pu imaginer pareil film dans la société d’aujourd’hui ?

Le film ne pouvait pas se tourner à une autre époque, il y a des codes sociaux bien spéciaux. Si j’ai écrit cette histoire, c’est qu’il y avait quelques événements qui pouvaient ou ne pouvaient pas se passer. Il y avait une hiérarchie sociale qui n’existe plus maintenant, il y avait des gens qui ne savaient ni lire ni écrire. Tout ça n’existe plus, à part quelques cas désespérés. Ce sont des choses qu’on ne peut pas retranscrire autrement qu’à cette époque là. Le contexte social d’après guerre est assez spécial, nous sommes dans une France en reconstruction. On est aussi à l’époque d’une passation entre un monde artisanal à celui de la technique symbolisé par le tracteur ou la traite électrique. Ces histoires d’amour ne pourraient exister maintenant, non vraiment c’était impossible de le retranscrire autrement. Et puis cet homme, je voulais vraiment en faire un héros paysan.

Vous aviez quelques expériences de plateau, mais c’est la première fois que vous mettez en scène, comment cela s’est passé ?

Il y a toujours de l’appréhension, notamment pendant les premiers jours de tournage. C’était quand même la continuité d’une trentaine d’année de plateau, de ce fait, j’étais peut être plus à l’aise qu’un metteur en scène qui débute, qui est étranger aux plateaux. J’ai à peu près tout fait sur un plateau, de l’habilleuse à l’accessoiriste. Quand je suis arrivée sur le plateau, je savais déjà où me situer et où situer les autres. Je savais aussi quel était le travail de chacun. Le metteur en scène est le capitaine du bateau, il doit savoir tout ce qu’il se passe à bord de son navire, ça fait partie des choses que je savais déjà. La seule chose que je n’avais jamais faite, c’est de diriger des comédiens, c’était ma seule petite appréhension. Les acteurs avaient aussi une appréhension à mon égard, vu que c’était un premier film. Au bout de quelques jours, on se connaissait mieux, on s’appréciait, on voit aussi comment l’autre travaille.

Retrouvez-vous à l’écran le résultat des images que vous aviez en tête quand vous avez imaginé l’histoire ?

Oui, j’avais très peur de ça en effet, de ne pas retrouver le fil conducteur. C’est peut être le travail le plus dur du metteur en scène, celui de coordonner, surtout dans une histoire comme celle là, où l’on trouve une triangulaire amoureuse où il y a une progression des sentiments. Il faut que ce soit fait avec précision, il faut respecter les apparitions des personnages, faire attention qu’untel ne prenne pas trop d’importance par rapport à un autre. De ce côté-là, c’est plutôt réussi, je retrouve le climat que j’avais dans le scénario.

Des regrets ?

Plein, quand je revois le film, je me dis que j’aurais du faire cette scène autrement, telle autre avec un autre cadrage. De toutes façons, on ne peut pas revenir en arrière. On est tous pareil…

Un petit mot sur François Bérleand, qui est une fois de plus extraordinaire ?

François est quelqu’un de formidable, il est tout de suite entré dans son rôle. Il s’est glissé dans la peau du personnage dès le premier jour. Je crois que finalement il a beaucoup aimé être dirigé par une femme. Il a trouvé que j’étais rigoureuse, que l’ambiance était studieuse. Il aime plaisanter entre les prises, ça ne me dérange pas, mais dès que la caméra tourne, il est très à l’écoute et très professionnel. Il est gai, jovial, talentueux. Il apporte beaucoup à un réalisateur.

Quel a été l’accueil du film dans les autres villes où vous êtes passée ?

J’ai fait une trentaine de villes ces cinq dernières semaines. J’arrive ici en bout de course. L’accueil a été formidable partout, je ne m’attendais pas à trouver un accueil aussi chaleureux, il y a un acte d’amour entre le film et le public. Je trouve aussi un public de tous âges, tous passionnés. J’ai vécu avec les personnages pendant le tournage du film, et ça me fait très plaisir de voir que le public vit aussi la même chose avec eux.

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