Rencontre avec Jacob Holdt

Jacob Holdt est un Danois de 59 ans qui expose ses photographies pour la première fois, et ce à Rouen, grâce au Pôle Image Haute Normandie, et à la sélection avisée de Jérôme Sauter. Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer l’auteur engagé de ces photographies lors de son vernissage au Pôle Image mercredi 18 octobre
- Photos : 19
- Date : 18/19.10.06
- Photographe : Barbara C.
Pour la petite histoire, cet homme a traversé les Etats-Unis à pieds et en stop dès 1971 alors qu’il avait 24 ans, et ce pendant 5 ans. Le second jour de son voyage, quelqu’un braque un revolver sur lui. La peur et les questionnements qui l’envahissent alors seront au fondement de sa démarche. Il explique s’être attaché à “comprendre l’ostracisme et le racisme dont la communauté noire, exclus du rêve américain, faisait l’objet”. Dans ses lettres à son père, il explique le racisme, l’exclusion et la misère qu’il découvre. Son père lui envoie alors un appareil photo, lui demandant de prouver ses dires.
Au travers de ses clichés, on est happé par ces scènes de vie qu’il a su intégrer avec respect. Son exposition, à l’image de son livre, représentent un véritable témoignage d’histoire contemporaine.
Il faut savoir qu’il a inspiré Lars Von Trier pour les films “Dogville” et “Manderlay”.
Presque amusé que ses photos se retrouvent sur un mur, agrandies au regard de tous et sous les feux des projecteurs, cet homme est résolument simple, ouvert et à l’écoute. Une traductrice était présenten et tout un chacun pouvait venir lui poser ses questions. Evidemment, je n’ai pas su lui dire le quart de ce que ses photographies évoquaient pour moi, l’admiration que j’éprouvais pour son travail et le choc éprouvé depuis que j’avais découvert ses photographies, et aussi l’envie de connaître l’histoire de chaque cliché, prendre le temps d’écouter tout, son voyage, ses rencontres, et l’après, son retour, le début des conférences, ses liens avec l’amérique… mais si peu de temps. Heureusement, le lendemain, ce jeudi, allait me permettre d’assouvir davantage ma curiosité.
Jeudi 19 octobre, le cinéma Melville de Rouen accueille la projection commentée des photographies de Jacob Holdt.
Envoûtant personnage, décalé, entier, tolérant, et profondément humaniste sont les qualificatifs qui me viennent spontanément pour décrire cet homme d’abord « engagée » avant d’être photographe, puisqu’il dit ne rien connaître à ce domaine …
Quand on voit l’émotion qui se dégage de ses clichés, et souvent la qualité de témoignage, les lumières et cadrages intimistes, on se dit qu’il n’avait pas besoin d’appartenir à la profession.
Jacob Holdt a LE regard qui va au fond des choses et des gens, celui qui parvient à traduire les rencontres à travers son objectif.
Chaque image de Jacob a son histoire, et ce soir, lors de la projection de quelques unes d’entres elles au cinéma Melville de Rouen, il nous a permis de pénétrer un peu dans l’univers qu’il a côtoyé de près : Il a cherché à comprendre les personnes, leurs peurs , leurs haines, toujours héritées d’un passé douloureux. Il a su transcender les plus douloureuses expériences et en tirer une belle vision positiviste de l’être humain.
Difficile de résumer ce personnage complexe sans le caricaturer. Cet homme a été capable de prendre dans ses bras l’homme qui avait abusé de lui un an auparavant, ou encore d’intégrer le klu klux klan pour en comprendre les rouages et les personnes y appartenant, permettant ainsi de faire se rencontrer les dirigeants de ce mouvement à la communauté noire et pauvre dans laquelle Monsieur Holdt vivait…
Mais comment est-il possible de résumer 1h30 d’explications détaillées auprès de lui ?
Aujourd’hui il est resté en contact avec la quasi totalité des personnes qu’il a photographié. Pour lui ce voyage et ces clichés n’auraient pas la même valeur s’il n’avaient pu les présenter aux personnes photographiées, les revoir, lier une relation proche avec chacun d’entre eux.
Il ne profère pas de discours convenu, n’est pas « politiquement correct », il est entier, se dévoile sans détour en répondant aux questions parfois interloquées du public, pas donneur de leçon mais plutôt modeste témoin, il transcrit une part de son vécu.
Jacob Holdt est un homme à part, sa rencontre était un cadeau avant d’être une belle leçon d’humilité.
(Je suis résolument fan, émue par cette rencontre, je suis repartie avec un des 5 seuls livres qu’il avait ramené, un qui a déjà voyagé, ce qui en accentue son côté vivant, humain et que j’aurais envie de compulser facilement, souvent, en quête d’inspiration ou de témoignage journalistique, ce livre est une mine. Jacob m’a bien dit que les photos étaient de meilleure qualité sur son site (www.american-pictures.com), mais avoir la petite dédicace supplémentaire réchauffe encore l’objet, qui restera un souvenir chaleureux de notre rencontre.)
Photos de la rencontre avec Jacob Holdt
















