Le HibOO

Daniel Bargier (Voix de Fête)

Daniel Bargier a tout simplement crée le Festival Voix de Fête il y a désormais 11 ans. Lui-même chanteur, cet homme passionné et incroyablement ouvert d’esprit a eu le temps d’accorder une interview quant au contenu du programme à la Brasserie Jeanne d’Arc. Retour sur 1h de conversation très enrichissante.

Onzième édition de Voix de fête cette année, pour ceux qui ne connaissent pas encore, une petite description du festival ?

Voix de fête est un festival qui présente tout ce que l’on peut faire avec la voix, de préférence en groupe, comme les chœurs, les ensembles vocaux mais ça peut aussi aller jusqu’à la voix soliste. Voix de fête regroupe aussi tous les genres de musiques, traditionnelle, ancienne, classique, moderne. On essaie d’inviter plusieurs régions du monde, que ce soit d’Europe, du Moyen Orient ou Asiatique.

Comment est venue l’idée de présenter un tel regroupement de voix ?

Je suis un passionné de voix, je suis en admiration devant de nouvelles techniques, de nouveaux modes d’expression. Je suis également passionné de chant choral aussi, je baigne dans ce milieu depuis pas mal de temps. J’avais un peu de tristesse et d’amertume de voir la discipline que je préfère, le chant choral, être cantonné dans des considérations un peu comme quelque chose de vieillot, qui sent la poussière. Je suis passé par là aussi puis qu’avant de faire de la chorale, j’étais musicien instrumentiste et je regardais les chanteurs vraiment en rigolant, jusqu’au jour où je suis tombé dedans par hasard. Je me suis rendu compte que c’était complètement autre chose, que la pratique instrumentale, c’était un centième de ce que je pouvais faire avec ma voix. Toutes les portes se sont ouvertes d’un seul coup quand j’ai mis les pieds dans un chœur. Il y a 10 ans, les gens de la Ville de Rouen ont eu écho du travail que je faisais et m’ont confié cette responsabilité. La première édition de Voix de fête est née comme ça, nous avions invité cinq chœurs. Il y a une évolution puisqu’il y a dix ans, c’était uniquement un festival de chant choral, on se tourne maintenant, de façon naturelle, vers un festival de la voix. J’aimerais à l’avenir incorporer des voix non seulement chantées mais aussi pourquoi pas, inviter des comédiens. Cette année, par exemple, nous avons des slammeurs, c’est une expression artistique qui m’intéresse beaucoup.

Pendant 10 ans le festival est resté gratuit, cette année, la plupart des concerts sont payants, certains montent déjà au créneau en disant que c’est un obstacle à l’accès à la culture, qu’en pensez-vous ?

C’est la troisième année que certains concerts sont payants, la majorité des concerts reste gratuit. Ce n’est pas une question de valeur, le concert d’ouverture, véritable événement du festival était gratuit. Après, c’est vrai qu’on peut expliquer ça par deux choses : Un festival comme celui là coûte beaucoup d’argent. Il y a onze ans, nous n’avions que 5 concerts exclusivement amateurs. On essaie maintenant d’ouvrir de plus en plus pas seulement aux professionnels mais aussi à des artistes qui viennent de plus en plus loin. On ne pourrait pas se permettre cette qualité de programmation avec la gratuité. La deuxième chose, c’est qu’en discutant avec des artistes, on s’aperçoit que certains sont très réticents à la gratuité de leur spectacle. Voilà, on a quand même accès à un concert exceptionnel pour le prix de deux places de cinéma, il ne faut pas non plus exagérer.

Quels sont selon vous, les immanquables du festival ?

Le concert d’ouverture était quelque chose de très spécial avec tous ces artistes qui venaient d’une même zone géographique, le Moyen Orient. Ils se sont partagés la scène qu’ils soient juifs, palestiniens, israéliens ou arabes. L’idée de les faire jouer côte à côte me séduisait, symboliquement, c’était un grand moment. Ca aurait été dommage de ne pas les faire venir dans Voix de fête. Ensuite le concert du vingtième anniversaire de Proscénium méritait d’être entendu, cet ensemble amateur d’excellence sévit depuis vingt ans, il y aura aussi un très bon spectacle des écoles de musique de la région. Le Gloria de Poulenc est une démarche positive que j’avais envie de montrer. Mon énorme coup de cœur, ça reste la venue de Sequenza 9.3, c’est vraiment du très haut niveau. C’est difficile à chanter, mais pas difficile à entendre, ce qui était intéressant aussi c’est que l’ensemble profite de ce concert à Rouen pour préparer un enregistrement le mois prochain. Le deuxième gros coup de cœur, c’est le concert de ce soir, Stimmhorn, ce sont des gens que personne ne connaît. Ils sont deux, suisses, complètement issus de la tradition suisse, tant au niveau des chants que des instruments. Ils sont un peu déjantés tous les deux et créent un univers assez incroyable. Venez, vous n’avez jamais entendu ça avant. J’aimerais bien qu’on fasse un maximum de monde sur ce concert parce que les gens sortiront différents après. Enfin il ne faudra pas manquer celle qui est peut être la plus grande personnalité du jazz vocal en France, Anne Ducros. J’allais oublier les Nubians, il sera intéressant de découvrir ces jeunes artistes franco-camerounaises, accompagnées de slammeurs. On a eu envie d’ouvrir ce festival aux plus jeunes, notamment avec ce spectacle là. Il n’y a rien de plus ancien que le chant, mais il n’y a rien de plus moderne non plus, c’est intemporel et universel.

Etes-vous satisfait de la fréquentation du public sur ce festival ? On imagine que c’est un défi d’amener les gens aux concerts quand ce genre musical ne passe pas à la radio…

La radio et la télévision profitent de temps en temps de cet art, on l’a encore vu récemment avec la vague du film ’Les choristes’, Ca a énormément plu au public et c’est très bien. On voit aussi de plus en plus les vedettes des hit parades qui viennent sur les plateaux de télévision pour chanter avec 500 choristes. Cette image là ne me plaît pas trop, elle est un peu artificielle, malgré tout ça fait parler de la discipline, le peu qu’il en restera, ce sera toujours ça de pris. J’aimerais bien toujours augmenter l’audience du festival, d’une année sur l’autre je vois des gens qui reviennent, ça me fait plaisir. On essaie aussi d’ouvrir un peu ce festival aux enfants et aux scolaires ou la formation, c’est dans ce cadre qu’aura lieu la soirée de mardi soir, sur les Hauts de Rouen. On peut espérer que ces jeunes chanteurs seront notre public de demain. On parlait de gratuité tout à l’heure, il faut savoir que des artistes feront des Master Class gratuitement, tout le monde peut en bénéficier. C’est une bonne manière d’ouvrir un accès à la culture. Une anecdote me revient : Si vous faites un concert payant et que vous annoncez qu’il est complet, les gens se disent “Ah, si on avait su, nous serions venus plus tôt”, si ce même concert est gratuit et complet, les gens font un scandale. L’accès à la culture c’est l’information, la formation et l’envie d’aller un plus loin.

Une anecdote me revient : Si vous faites un concert payant et que vous annoncez qu’il est complet, les gens se disent “Ah, si on avait su, nous serions venus plus tôt”, si ce même concert est gratuit et complet, les gens font un scandale. L’accès à la culture c’est l’information, la formation et l’envie d’aller un plus loin.

Peut-on imaginer lors de prochaines éditions un stage de formation pour chanter une œuvre à la fin du festival ?

Pourquoi pas ? Nous avons déjà eu ça dans des précédentes éditions. Il y a deux ans, nous avions fait en public, la première répétition de la messe de Gloria de Puccini qui était donnée au théâtre des Arts 15 jours après. C’était la première rencontre entre le chœur et le chef d’orchestre. En 2000, nous avions associé les enfants des écoles du Pays de Bray au projet Voix de fête. J’aimerais que ce festival puisse développer l’activité chorale, c’est dans ce sens que nous avons ouvert une classe au CNR de Rouen il y a peu de temps, et ça, c’est complètement lié avec le festival Voix de fête. Dans 5 ou 6 ans, ces gens pourront proposer des projets et être programmés dans le festival. C’est plus intéressant qu’un petit coup d’éclat. J’ai vraiment envie de construire quelque chose à partir de ce festival, quelque chose qui peut apporter de l’eau au moulin.

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