Le HibOO

Prix Constantin à l’Olympia

Olympia, Paris : Concert : Prix Constantin 2006 : Ayo | Emily Loizeau | Grand Corps Malade | Olivia Ruiz | Bernard Lavilliers | Anis | Clarika | Phoenix | Abd Al Malik | Katerine | Jehro - 15 novembre 2006

Mercredi soir à l’Olympia avait lieu la cinquième édition du Prix Constantin (Wiki). Le prix Constantin récompense des artistes ayant marqué l’année. Une sélection cette année parmi 184 albums. Les Lauréats précédents ? Mickey 3D, Camille ou Cali : des gens qui font une petite carrière en somme, Avril également: que personnellement j’adore, mais qu’on connait moins. Diversité est le maître mot, l’important étant d’être au moins produit en France. Je m’y suis rendu accompagné de l’ami David (et ses jeux de mots laids), attiré par les participants, les dix finalistes du concours: Abd al Malik, Anis, Ayo, Clarika, Emily Loizeau, Grand corps malade, Jehro, Katerine, Olivia Ruiz et Phoenix. Un concert éclectique, des artistes excellents et un public… hummmm comment rester poli? Un public tiède, dirons nous. Le tout présenté par Nagui, avec Bernard Lavilliers dans le rôle du président du jury et de la première partie (il aura vraiment fait tous les métiers).

  • Date : 15.11.06
  • Adresse : 28 boulebard des Capucines 75009 PARIS
  • Téléphone : 0 892 68 33 68 (0,34 € la minute)
  • Web : www.olympiahall.com

Me voila donc pour la première fois à l’Olympia, et ce sans Frédéric, François ou Chantal. La salle, du moins à l’étage, met du temps à se remplir, Nagui arrive sur scène, met un petit coup pour les sponsors (France Télévision, France Inter et Télérama) et annonce “sous un tonnerre d’applaudissements s’il vous plaît” mÔssieur Bernard Lavilliers. De fait le tonnerre avait mis la sourdine, les gens sont venus pour les finalistes et pas pour le président c’était clair et net. Nagui trouve le moyen de glisser un petit mot pour nous faire comprendre qu’une bonne partie de la salle n’a pas payé sa place, ce qui explique sans doute la mollesse des spectateurs. Une soirée étrange en perspective.

Bernard Lavilliers (web)

Le seul chanteur français qui a tué un ours avec ses mains nues démarre sa première partie dans une ambiance apathique assez surprenante. Il nous gratifie de quelques morceaux dont “Etat Des Lieux” de son dernier album Carnet de Bord ou l’excellentissime (et je baise mes mots) “Les mains d’or” tiré d’Arrêt sur image (2001). Le public est mou, mais Bernard fait son show. Ca frémit tout de même avec l’arrivée de Mickey 3D (Lauréat 2003 du prix), puis celle de Cali (Lauréat 2004) ou Rokia Traoré (participante 2004) pour des duos plus ou moins réussis. Par exemple c’était réussi avec Cali qui ne chante qu’un refrain, ne nous casse pas trop les oreilles et est plus occupé à chopper Bernard Lavilliers pour lui rouler une pelle qu’autre chose (ce commentaire est tout a fait subjectif et n’engage que moi, je vous laisse seuls juges lors de la diffusion tv*). On notera aussi la réaction super sympa du Bernard quand il se rend compte que sa guitare est désaccordée, et qu’un technicien vient s’occuper du pauvre malheureux visiblement incapable de le faire lui même. Rideau, on passe aux Lauréats après un petit speech du chanteur à la boucle d’oreille qui met un petit croche patte aux directeurs de maison de disque.

Olivia Ruiz (web)

A Olivia la lourde tâche d’entamer le concert à proprement parler après un court entracte. Pour le coup la salle se réveille, en tous cas le balcon où j’étais placé qui était constitué majoritairement de ch’tits jeunes, contrairement à l’orchestre, visiblement constitué de grabataires. Et Olivia, comme tous ceux à venir ou presque, va nous jouer un morceau phare, ici “la femme chocolat“ , donnant un avant goût de son très prochain passage dans la même salle, ça devrait dépoter sévère. Moi qui ne la connaissait pas vraiment (hormis un petit coup de je traîne des pieds une nuit d’errance télévisuelle), je suis conquis. Petit speech avec Nagui (qui rame tant qu’il peut pour agiter la foule), les musiciens s’installent pour la suite.

Grand corps malade (web)

Et la suite c’est Fabien, aka Grand corps malade qui fait sa lente entrée aidé de sa béquille. Il nous gratifie de son excellent Midi 20, titre autobiographique, petit exercice de style, certes peu original, mais réussi et marquant. Pour le coup, les applaudissements nous indiquent que le public l’aime bien. En plus de l’excellent accompagnement musical, sa voix chaude remplit l’Olympia pour toucher au plus juste. On peut dire que le niveau se maintient. Idem, il se prête au petit jeu de l’interview toute pourrie de Nagui qui ne sert dans le fond qu’à laisser le temps aux musiciens de se mettre en place (big up pour les équipes techniques d’ailleurs!). Du coup il se retrouve à nous faire un “mon cœur, ma tête, mes couilles“, ce qui je pense doit finir par casser les siennes à force de sortir la chose sur tous les plateaux télé (je parle du morceau bien sûr).

Anis (web)

Il me semble que c’est Anis qui a pris la suite des opérations en main, avec la petite introduction habituelle sur “Cergy”: “Bonsoir mesdames et messieurs, j’espère que vous êtes bien installés et pas trop serrés… bla bla bla”. Hop, musique, chant, et… en fait non on recommence puisque comme il le dit: on s’est viandés, excusez nous on la refait. Il s’agite, il remue, s’éclate, prend son pied, c’est communicatif, on en transpire presque avec lui (enfin surtout moi, parce que comme pendant quasiment toutes les chansons, le mec devant moi reste avec son balais planté dans le fondement). Et comme pour le reste le public se réveille à la fin (sans doute l’effet caméra). Pendant le speech, on balance la pub pour France 2 qui soutient les p’tits jeunes qui n’en veulent, merci j’ai eu ma dose. D’ailleurs à tous ceux qui sont gênés par l’accent banlieue de Grand corps malade (personnellement il ne me choque pas, je dois être un zonard), évitez Anis, il vient certes de la classe moyenne comme il le dit, mais vous risquez parfois de faire de l’allergie à son phrasé.

Ayo (web)

Attention là ça ne rigole plus. Voilà venir LE moment de la soirée. Ayo, née en Allemagne, est passée par Londres, a posé ses valises à Paris, joue avec des musiciens français et a signé dans une maison de disque française, ce qui lui donne le droit de participer. Et d’ailleurs tant mieux. Aucun autre artiste de la soirée (et ils étaient tous bon, sans exception aucune, le frisson était même inclus pour certains) n’a autant dégagé sur scène que ce petit bout de femme. Évidemment c’est “Down on my knees” qui a été choisi. Et on se demande si elle a besoin d’un micro vu la puissance de sa voix. Et lorsqu’elle se permet des passages plus doux, on a l’impression qu’elle ne parle qu’à nous, nous raconte ses malheurs, sa détresse, tout. Elle se dit vraie, et elle a raison. C’est une émotion authentique, une vraie joie à l’interprétation, ça transpire par tous les pores de sa peau, ça déstabilise. Pour le coup j’ai vu des têtes se pencher quand elle entonne le refrain en français: “genoux à terre, je t’en supplie, je t’en supplie, ne me laisse pas…”. A ce moment là on regrette d’être venu avec un polonais, et on envie les personnes en couple de la salle. Nagui la taquinera longtemps, elle est toute timide, d’un naturel désarmant, elle s’exprime parfaitement dans notre langue, en nous vantant la tolérance à la française dont elle a bénéficié. A noter, on a appris que son disque allait être lancé aux États-Unis par le label de 50 cents et Eminem…

Emily Loizeau (web)

Dur dur Emily, tes musiciens mettent un peu de temps à s’installer et se préparer, on te sent un peu tendue, timide. Et puis tu nous démarres “jalouse”. Rien que pour avoir choisi une chanson qui n’est pas “l’autre bout du monde”, chapeau. A écouter le public, on se rend compte de son manque de notoriété, et c’est bien dommage vu comme elle se déchaîne pendant son interprétation. Elle se transforme littéralement dès qu’elle passe derrière son piano et agite ses doigts sur le clavier. Emily est une bête de scène. Mais là encore, les gens ne connaissent pas, et j’ai ressenti un grand froid dans la salle avec le public (le super public, je le rappelle). Et pour ne rien arranger, Nagui lors du passage obligé lui parle de son album et du fait qu’elle dise bien vouloir acheter l’intégrale de Sardou. Et là je ne comprends pas trop, Emily non plus d’ailleurs, elle bloque légèrement comme elle dit. Nagui ne calcule rien et il me faudra attendre la prestation de Clarika et son “ne me demande pas” pour comprendre qu’en fait l’animateur faisait référence à Clarika lorsqu’il parlait à miss Loizeau. Super non? Quel professionnalisme! Confondre deux artistes comme ça, quel talent, les mots me manquent. Le pire étant bien sûr que pas à un seul moment après il n’a dit un mot à ce sujet. J’ajouterais que lors de la présentation des artistes au tout début, il avait oublié Emily. Et après on nous parle d’aider des artistes à se faire connaître? Passons.

Abd Al Malik (web)

Et voici arriver le grand gagnant de la soirée. Il faisait parti avec Clarika des personnes que je n’avais jamais, mais alors jamais entendu. Enfin entendu parler oui, j’ai même lu un peu de sa démarche, mais je ne savais absolument pas ce qu’il faisait. Il faut savoir que Abd Al Malik s’est formé spirituellement auprès d’un maître soufi, qu’il a rencontré Gérard Jouannest, pianiste et compositeur pour Brel, avec qui il a travaillé. Son morceau: “les autres”, est inspiré directement de Brel et de “Ces gens là”. Fatalement ça ne pouvait que me plaire vu que c’est réussi et magnifiquement accompagné par la musique. Alors évidemment ça râlait un peu dans la salle, Abd Al Malik c’est un peu autre chose que tout ce qu’il y avait ce soir là. Certes l’album est ici jugé, mais la personne d’Abd Al Malik, son ouverture, son partage, tout ce qu’il dégage de positif et qu’il fait passer lors de ses interprétations justifient à mon sens sa victoire. Sa seconde interprétation avec la musique originale de la chanson de Brel et le premier couplet intégrale de celle-ci m’a collé des frissons. Le bougre est donc plutôt bon. Et puis voir gagner quelqu’un qui travaille avec Jouannest, nous reprend une chanson de Brel dans LA salle du grand Jacques: l’Olympia. Il y a plus qu’un symbole. Peut-être un signe?

Jehro (web)

Jehro, je ne pensais pas le connaître. Et en fait si. J’avais déjà entendu et force est de dire que j’aime bien. Amusant. Pour le coup ça se balançait un peu partout pendant la sieste des premiers rangs (ceux qui étaient venus s’ennuyer). On sait qu’il est bon, qu’il continuera, mais on sait aussi que ce n’est pas lui qui va gagner ce soir. Certes le niveau était excellent mais à l’instar de Phoenix, c’était un poil en dessous.

Katerine (web)

Au moment où le groupe de Katerine est arrivé, on a su qu’on avait basculé dans une autre dimension. Ils s’appellent la Secte humaine, portent des tenues années soixante façon minijupes, perruques blondes et épilés du matin. Oui épilés sans e après le é. Ce sont des hommes. Philippe Katerine arrive, protections pectorales de hockey, gants de gardien du même jeu et slip moulant en cuir. Impressionnant et complètement décalé. Évidemment comme tout le monde a chanté son tube, que le sien évidemment est “Louxor j’adore”, et bien il nous a chanté “Borderline”. Fatalement ça collait parfaitement à la tenue du groupe. Du grand n’importe quoi dans tous les sens, et on a senti la salle frémir (enfin pas trop non plus, faut pas pousser) devant le spectacle délirant . Les plus rock and roll de la soirée. On a envie de les voir sur scène, le moins qu’on puisse dire c’est que ça remue dedans le ventre et le corps. Alors bien sûr Nagui a moins ramé pour animer la salle, mais un peu plus pour savoir quelle pose adopter face à un chanteur avec des gants de boxe qui puent des pieds (dixit Philippe Katerine) et des musiciens exhibitionnistes. Vraiment le grand moment de n’importe quoi de la soirée.

Clarika (web)

La dernière que je ne connaissais, mais alors absolument pas (honte à moi oui) arrive. Elle nous chante “ne me demande pas”. Des références à Brel à nouveau, automatiquement j’apprécie (réflexe pavlovien). Ca pulse pas mal. Et comme tout le monde n’a pas atterri des précédentes prestations, le travail est un peu facilité pour elle. Mais comme tout le reste dans la soirée, c’est du tout bon, on en redemande. J’imagine bien à ce moment là le dilemme du jury, mais je reste avec ma préférence pour Ayo, et vu que de toutes façons je ne suis pas dans le jury… Nagui passe la pommade règlementaire, rien sur Emily Loizeau et la bourde précédente…

Phoenix (web)

Les derniers et les plus surpris d’être là selon leurs mots: Phoenix. Excellent groupe s’il en est. Nagui annonce une vraie rencontre avec le public qui me fait l’effet d’une tentative de conditionnement du public. Le problème? Je suis bien embêté vu que j’aime vraiment ce qu’ils font mais honnêtement, leur passage étant clairement fadasse par rapport au reste. Alors certes ce sont des français qui ont un succès à l’étranger. Et tous les autres quasiment ont des influences d’autres coins de la planète, mais là point de métissage, on a une mauvaise impression de déjà vu, de déjà ressenti. Peut-être que cela venait d’eux, moyennement convaincus qu’ils étaient. D’ailleurs ils ont choisi de nous faire “Consolation Prizes”. Ironique. Par contre, venir dire qu’on ne vend pas en France parce qu’on chante en anglais constitue à mon goût l’excuse la plus bidon que j’ai entendu ces 30 dernières années. Avec leur petite interview, on les sait un peu étonnés d’être mélangés avec un slammeur et des bouts de nouvelle scène française. Ils regardent ça avec un certain recul et peut-être un mépris vaguement masqué. Je me trompe sans doute, reste qu’il m’a semblé qu’alors que la démarche des autres (enfin je ne parle pas de Katerine, il n’a pas de démarche, il n’a plus toute sa tête de toutes façons) allait dans le sens du rapprochement, de partage ou ce que vous voulez du même genre, Phoenix était clairement à côté de ça. Dommage, je demande quand même à voir une prochaine fois sur scène.

Un trackback

  1. 17.11.2006 | DevilDave.net

2 commentaires

  1. Guillaume, tu n’écouterais pas les Fatals Picards par hasard ?? ^^
    Tes commentaires sur Bernard Lavilliers m’ont bien fait rire et évidemment fait penser

  2. En fait je regrette vraiment que les Fatals Picards ne soit pas dans les 184 albums, peut-être l’année prochaine avec Pamplemousse Mécanique… mais Nanar en sera plus l

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