Musiciens : Pamela Hute, Igor Bolender, Ernest Lo
Pays : France
D’abord, il y a douze chansons, c’est-à-dire peu de chose, ou autant de fragments d’éternité, c’est selon. Un rythme tressautant, aussi, et une voix doublée par une profonde mélancolie. Un chant de mystère, en fait, qui s’avance masqué, l’air de ne pas y toucher, et c’est pour cela qu’il nous touche. On dira : une voix blanche, pour des nuits qui le sont tout autant. Plus loin, il y a la gerbe d’étincelles de purs moments électriques, et une batterie têtue qui part en guerre contre la guitare, pour mieux l’épouser au détour d’un refrain. Et plus loin encore, surgissent des synthétiseurs comme des boîtes de Pandore, nourrissant les chansons de sons inouïs, grondements, gargouillis, et nappes étranges. Le temps de vivre l’économie de moyens, l’essentiel qui est dit sans effets superfétatoires, et on embarque dans les mélodies : on est chez PAMELA HUTE.
Ensuite, il y a une volonté, celle qui casse les tirelires (les instruments ne sont pas donnés, ces temps-ci), un travail de plusieurs années, l’obstination, et le désir de transporter ces musiques des caves de répétition en pleine lumière : on mentionne la persévérance, on pourrait évoquer la passion.
Enfin, il y a cette fièvre de chaque instant, et une voix qui porte de vrais tubes en guirlandes : on ne parle pas de poses ici (même si PAMELA HUTE revendique des lunettes vintages!), mais bien d’urgence, de musique, et de talent.
PAMELA HUTE n’est pas un groupe, mais c’est bien PAMELA HUTE, jeune femme de 27 ans, qui est seule maîtresse à bord de cette musique (dont elle compose les mélodies et écrit les textes) : elle joue essentiellement sur une guitare Music Master : c’est dire….
Surtout, PAMELA HUTE aime, énormément, la musique, et la pop en particulier, même si elle a grandi aux harmonies de Pulp ou Nirvana. C’est ce qui, en 2006, l’incite à interpréter ses petites chansons devant Igor Bolender et ses étranges claviers, et la batterie d’Ernest Lo. Le charme agit. Après quelques essais infructueux, le trio décide de se passer de bassiste : ces jeunes gens ont du cran, qui acceptent de se mettre en danger, et monter sur de multiples scènes dans cette formation réduite.
Dès cette période, les trois fréquentent tout aussi assidûment les studios d’enregistrement : deux Ep’s (v. 1. 1. en 2006, Three enregistré en 2008), et le brouillon d’un premier album, démontrent amplement sur le marché indépendant la capacité de PAMELA HUTE, et de ses petits camarades, à jongler entre electro, pop, dance, post-punk et rock.
C’est à cette époque que se constitue autour des musiciens une fidèle équipe, un faisceau de compétences : Steve Fallone, qui a travaillé aussi bien pour Yo la Tengo qu’avec le pianiste de jazz franco-américain Jacky Terrasson et les Strokes, prend en charge le mastering. Le mixer Jean-Philippe Badoui met son expérience au service des musiciens (il a vu, entre les murs du studio du Palais des Congrès, défiler tous les grands noms de la chanson française), et devient le quatrième membre du groupe.
On les retrouve tous deux pour Turtles Tales From Overseas : douze chansons, deux ans de travail, et un premier album pour un nouveau label, Guess What ! Les sessions se sont déroulées en Dordogne (PAMELA HUTE croit beaucoup à la dépendance d’un album par rapport au lieu où il est créé), ce qui a un double avantage : on est au calme, et on peut se concentrer sur la musique, et la gastronomie.
Lorsqu’on écoute les histoires que chante PAMELA HUTE, on est assez prêt de conclure, entre abandon et névrose, départ et douleur, que la vie ne lui a pas fait de cadeau. Mais elle ne revendique pas une dimension autobiographique à ses textes élaborés en écriture automatique (c’est plus facile d’écrire des choses mélancoliques, que des histoires rigolotes), sauf peut-être pour Hysterical, souvenir glauque d’un après-concert, cerné de gars étranges dans un bar louche, et de permanents allers-retours des jeunes filles vers les toilettes.
Et lorsqu’on écoute ses musiques de toutes les couleurs, on a souvent envie de lui lancer des noms, qu’elle rattrape, ou pas : Je préfère les chansons de Kim Deal (Breeders) à son personnage, et je préfère le personnage de Brian Molko (Placebo) à ses chansons. Thom Yorke (Radiohead) est trop intellectuel pour moi, et PJ Harvey ne me fera jamais oublier Patti Smith. De toutes façons, je me contente d’essayer de composer de bonnes chansons.
On conviendra qu’elle y parvient parfaitement : le rythme hypnotique de Tell me more, la guitare comme un mur du son dans Taste it, ou acide pour Umbrella, les étranges claviers d’Hysterical, l’hommage appuyé aux Beatles (Parachute), ou l’implacable power-pop de My dear démontrent que PAMELA HUTE ne met pas tous les œufs de son inspiration dans le même panier. Il fallait oser la sensualité décharnée de Friend, le refrain jusqu’à l’ivresse pour Chocolate soup, le rythme hypnotique de Tell me more, l’atmosphère primesautière de You made me a lady, ou la ballade mélancolique de Pink safari (inspiré du film Lost In Translation de Sofia Coppola) : PAMELA HUTE l’a fait.
Quant à Don’t help me, premier single extrait de l’album, on peut raisonnablement considérer la chanson comme un vrai hit : tout y chante en brinquebalant, planche d’appel pour un refrain à reprendre, et danser, en chœur.
Le 17 novembre 2009, PAMELA HUTE a été honoré du Prix de la découverte 2009 des Music Awards Paris.
Au mois de janvier 2010, sort ce premier album, parfaite illustration de la récompense.
Mais, pour l’heure, PAMELA HUTE invente un univers rock en propre, et savoure l’excitation du moment. Et, pas chiche, nous fait partager cette excitation. Le pari est clair de retrouver l’essentiel (la puissance du trio), et d’accepter tous les dangers de ce dénuement sans stratégie.
Ici (ce premier album comme une formidable découverte) ou là (toutes les scènes qui voudront bien l’accueillir), PAMELA HUTE, ou la petite musique de vos nuits, sensuelle et glacée….
Christian Larrède