Le HibOO

30 Days of Night

30 Days of Night, un film de David Slade avec Josh Hartnett

Alaska, de nos jours. Au coeur de l’hiver, les habitants de la paisible ville de Barrow s’apprêtent à passer, comme tous les ans, un mois sans soleil. À la suite d’une série d’évènements étranges, Eben et Stella, les deux shérifs locaux, vont découvrir l’invraisemblable vérité. Un gang de vampires a investi la ville pour l’éradiquer de tous ses habitants. Eben, Stella et un petit groupe de survivants vont alors tenter de survivre jusqu’à l’aube… [ Fiche Allociné ]

Un comics où l’on explique tout, un film où l’on n’explique rien

30 days of night est avant tout une adaptation relativement fidèle d’un comic book de 3 tomes écrit par Steve Niles (qui a également participé à la scénarisation du métrage). Un dessin brutal, pour ne pas dire gore, où l’image du vampire “gothico-classieux” à la Anne Rice est délaissé pour un retour aux sources des légendes qui entourent ces êtres mystiques : l’homme est avant tout un vecteur de nourriture. Le comics développe le pourquoi du comment de l’arrivée des créatures des ténèbres, ainsi que les diverses relations entre certains personnages. Le film se doit, en 1h45, réussir à installer les personnages tout en apportant au fil et à mesure de la narration une tension palpable et exponentielle. Le film, de ce point de vue, est une pure réussite, mais certaines phrases (à l’instar d’un “cela fait des siècles que nous attendions” n’ont certainement pas la même dimension pour ceux qui n’auraient jamais lu la bande dessinée. De même que la fin, qui laisse forcément dans ce genre de production une fin ouverte appelant à un deuxième volet, alors qu’il coule de source dans la version comics. De petits détails, certes, mais qui ne permettent pas pleinement de développer l’univers visiblement riche de Steve Niles.

Une réalisation superbement sobre

30 Days of Night, un film de David Slade avec Josh Hartnett

Huit clos rappelant fortement “Assaut” de Carpenter, l’obscurité omniprésente teintée d’un bleu cristallin se voit entâchée par des scènes d’une rare violence, où le sang prend une dimension graphique à part entière - comme ces magnifiques plans photos vus de ciel, où la boucherie de cet angle ressemblerait presque à une oeuvre picturale se dessinant en temps réel. On notera surtout la maitrise de cette obscurité, notamment lorsque les vampires “chassent” leurs proies en se mouvant sur les toits (avec des profondeurs de champs aussi subtiles qu’angoissantes). L’ambiance sonore contribue grandement à peser de manière progressive sur l’atmosphère décadente : plus le film sombre dans une horreur pure et visuelle, plus le volume s’intensifie, on se sent littéralement pris par ce carnage exponentiel, le rythme et le montage ayant été savamment étudiés. Le spectateur sera aussi “agréablement” surpris sur le soin apporté au design des vampires, notamment au niveau des visages : autant monstrueux qu’humanisés, un paradoxe qui exerce une certaine fascination malsaine (merci Weta)

Josh Hartnett, bien plus bourrin que Buffy

Josh Hartnett n’est pas un novice dans le film d’épouvante (Halloween, 20 ans après ou encore le pitoyable The Faculty), mais 30 days of night est certainement le meilleur rôle dans ce type de registre : l’évolution de son personnage - petit flic d’une ville perdue en Alaska sans initiative à véritable machine à tuer du vampire” n’a pu être rendu crédible que par la justesse de son jeu : on est littéralement happé par son personnage, même s’il ne faut pas occulter tous les protagonistes secondaires - parfois inutiles - qui évoluent indépendamment en fonction de la situation. Il est très intéressant à ce propos que le réalisateur David Slade ait dépeint la monstruosité humaine plus dans son acte de lâcheté (le meurtre d’une famille) que dans la capacité à se déshumaniser pour affronter des créatures. Notons également le clan de ces dits vampires, avec un système hiérarchique et une organisation très évolués, sans oublier une langue propre, qui renforce avec puissance une sorte de suprématie naturelle. On y croit, et on a peur. Les 10 minutes finales sont un pur régal.

Clins d’oeils à gogo

30 Days of Night, un film de David Slade avec Josh Hartnett

David Slade rend hommage à certains grands maîtres, à l’instar de Romero (la petite fille dans le magasin, ou la coupure totale des moyens de locomotion en référence au deuxième volet où les survivants s’échappent en hélicopère) ou encore Carpenter (Assaut : le fait d’être enfermé dans un bâtiment face à une force ennemie extérieure). Ils sont cependant légions et il sera bien plus amusant de les retrouver par vous-même. 30 days of Night se doit d’être vu en VO - ne serait-ce que pour apprécier la langue vampire, un phrasé incroyablement exquis et poétique. Il vous faudra cependant fouiller à travers la France pour trouver les séances (à peine 190 salles le difusent) et accepter que le réalisateur ait taillé à la serpe certains passages scénaristiques du comic, qui sans nuire à la compréhension globale, affecte une grande part émotionnelle. Reste un très bon film, captivant, sublime visuellement, légèrement gore sur sa fin (mais 10 crans en deça de l’horreur visible dans le comics), et une scène finale tragico-magnifique. A voir !

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