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Sami Bouajila et Bernard Blancan (Indigènes)

Sami Bouajila et Bernard Blancan au Gaumont Grand Quevilly

Nous devions rencontrer l’équipe du film, ils n’étaient finalement que deux pour la traditionnelle interview d’avant projection. Deux mais pas des moindres, puisque Sami Bouajila et Bernard Blancan tiennent un rôle capital dans le film de Rachid Bouchareb. Une discussion qui emprunte parfois des rails différents de ceux que nous pouvions imaginer. Suivez l’échange instructif qui s’est déroulé ce mardi soir au Gaumont Grand Quevilly, mais surtout foncez savourer Indigènes, cette page d’histoire animée, vous ne le regretterez pas

C’est toute une partie du livre d’histoire qui manquait, vous rétablissez, par ce film quelques vérités. Le message est-il plutôt politique ou pédagogique ?

Sami Bouajila : La motivation de départ était de faire un grand film, un film grand public, d’action. Il s’avère qu’il y a un fond, le propos est assez fort, inconsciemment il existe un lien qui nous tient à cœur. Nous en avons un peu parlé pendant le tournage, nous nous sommes dit qu’il fallait la jouer modeste. Nous savions être attendus au tournant, il fallait donc être le plus sincère, le plus juste et le plus vrai possible. A partir de là, lorsque nous nous rapprochons des anciens tirailleurs, qui sont toujours là, effectivement, il y a quelque chose d’historique qui revient mais encore une fois, ce n’était pas la motivation de départ. Nous, les acteurs, nous sommes engagés dans ce film comme nous le faisons à chaque fois, en essayant de donner la plus grande dimension possible à son personnage, de se livrer dans les meilleures conditions au metteur en scène. C’est la meilleure façon de faire pour que le film prenne toute son envergure. Après, c’est vrai que ce film nous tient à cœur, c’est un fait, on ne va pas vous le cacher.

Le spectateur sort tout de même marqué de ce film…

SB : Oui, même pour nous, c’est au-delà de tout ça, c’est une aventure humaine qui dépasse un peu le film parce que effectivement, nous sommes les contemporains de cette histoire là. On lève aussi un voile sur cette histoire qui était cachée. Pour tous les jeunes confondus, mais surtout pour ceux issus de l’immigration, ce film va donner des repères assez forts. J’espère que cela va donner un sens au voyage qu’on pu faire nos parents, que cela va donner une légitimité au fait que nous soyons ici. Cela démystifie toutes les fausses questions que l’on peut se poser puisqu’on s’aperçoit que nous avons une histoire commune, même si dans ce film on en raconte qu’un pan. C’est un film qui appelle à la réconciliation, il suscite de la curiosité. Nos générations sont mûres, on a envie de casser un peu tout ce que les anciens ont retenus à la force du poignet, le film est bien sûr un hommage aux tirailleurs qui ne sont, aujourd’hui, toujours pas reconnus.

J’ai grandi avec l’image d’une France résistante, avec les américains qui viennent nous donner un coup de main sur la fin. On se rend compte maintenant qu’il manquait des choses - Bernard Blancan

Avez-vous rencontré d’anciens tirailleurs lors du tournage ?

SB : J’en ai rencontré pas mal, avant, pendant et surtout après le tournage, ce sont des anciens qui sont dans des foyers SONACOTRA, ils vivent dans des conditions plus que précaires. La plupart d’entre eux, pour pouvoir bénéficier de leur solde sont obligés de partir en exil, mais de rester sur le territoire français, sinon ils ne touchent pas leur droit. Lorsque l’on voit le personnage dans sa chambre, à la fin du film, il n’y a rien d’inventé, c’est un regard très juste, c’est dans ces conditions que je les ai rencontrés.

Sami Bouajila au Gaumont Grand Quevilly

Comment expliquez-vous que les anciens n’aient jamais parlé à propos de toute cette histoire ?

SB : Peut être pour les mêmes raisons qu’ici en France. La France a toujours eu du mal avec son passé colonial et toute cette histoire qui n’est pas forcément très belle pour son image. Après l’indépendance des pays du Maghreb, c’était plutôt mal vu d’avoir servi l’armée française. On rentre alors dans une double amnésie, ici et là bas, ils sont alors doublement oubliés, ce film, c’est vraiment un double hommage. Bernard Blancan : Si l’on regarde l’histoire de France sur cette période, ce que j’en sais, c’est ce que j’ai vu dans les livres d’histoire et au cinéma. J’ai grandi avec l’image d’une France résistante, avec les américains qui viennent nous donner un coup de main sur la fin. On se rend compte maintenant qu’il manquait des choses, lorsque l’on creuse un peu, on est loin de cette image là. L’image de l’arabe qui porte le drapeau français, eh bien, elle manquait celle là ! Je n’ai rien su de mes grands parents, j’ai appris les choses quand ils sont morts.

Le film est-il basé sur une histoire vraie ?

SB : C’est une fiction, même si Rachid Bouchareb s’est inspiré de témoignages réels, tous les personnages ne sont que les reflets de personnes ayant existé. Même le passage des tomates n’est pas inventé.

BB : Chacun des personnages est la somme des témoignages.

Les choses ont-elles vraiment changé ?

SB : Je dirais que la forme a changé, mais pas le fond. Dans notre système, il y a encore un gros choc des cultures qui n’est pas encore digéré. Le temps que ces histoires là ne seront pas connues et que la société ne jouera pas son rôle d’éducation auprès des enfants et de nous même, je crois qu’on aura toujours du mal à s’assimiler les uns et les autres. On vit dans une société à deux vitesses, l’ascenseur social ne marche pas pour tout le monde et je n’invente rien en disant ça. C’est aussi pour ça que le film peut faire du bien, il peut servir de point de repère. Je pense que nous sommes prêts à mettre les choses à plat. Dans les écoles, quelles que soient nos origines, nous sommes d’abord français, on se doit d’apprendre qui on est, d’où on vient et quelle est notre histoire.

Après l’indépendance des pays du Maghreb, c’était plutôt mal vu d’avoir servi l’armée française. - Sami Bouajila

Les rôles étaient-ils interchangeables selon vous ?

SB : Rachid Bouchareb et moi le pensons, oui, mais la distribution est restée telle qu’elle a été proposée. BB : J’aurais adoré jouer Saïd ! (Rires)

Bernard, comment avez-vous préparé le rôle du Sergent Martinez ?

BB : À 18 ans, j’ai fait mon service militaire à Djibouti, dans une armée coloniale, c’était plutôt une erreur de jeunesse, j’ai voulu partir et j’ai fait ça. J’avais donc plein d’images en tête, des Martinez, j’en ai vu plein, je savais ce que c’était. J’avais quelques bases, mais c’est vrai aussi que je ne suis pas allé me renseigner sur la vie des pieds noirs. Ce qui était le plus fort, c’était de rencontrer les anciens combattants sur le tournage, ils nous parlaient un peu de notre sujet pour que nous soyons cohérents. Quand nous avons commencé le tournage au Maroc, les figurants, qui étaient des militaires, sont venus me voir pour me dire : ‘Super Martinez !’. Ils adoraient le personnage, pour moi, c’était gagné, ça voulait dire que j’étais crédible.

Un petit mot sur votre prix d’interprétation glané au festival de Cannes ?

BB : C’est vrai que nous nous sommes retrouvés comme des frères d’arme en montant les marches. C’était très fort de voir le film avec les tirailleurs à côté de nous, ils faisaient les prières en même temps que les personnages, ils chantaient avec eux, ça plus le prix, c’était très fort, personnellement, je ne pensais pas accéder à ce compte de fées. C’est à la fois magique et inoubliable. Avoir ce prix à Cannes, c’est magnifique, il n’y en a qu’un par an depuis 60 ans… Ca veut dire qu’il n’y a que 60 acteurs qui ont été récompensés là bas parmi tous les plus grands. Des mecs phénoménaux n’auront jamais de prix… On a plus de chance de gagner au loto !

Un trackback

  1. 14.09.2006 | Le HibOO » Blog Archive » Indigènes

5 commentaires

  1. j’ai assisté aussi au film et au débat Ã

  2. Content d’ avoir a decouvrir un film comme celui la qui relate d’un passé historique qui m’interroge. Dont mes parents, concernés, ont du mal a raconter. Ces gens dont on veux encore aujourd’hui connaitre les causes sur leur arrivée en France. Poussée par l’independance de pays colonie ? ou sur la politique de l’epoque de pays dont ils on eut a defendre ou a liberer en temps de guerre auparavant !
    je pense a ceux qui n’avait jamais vu la France a cette epoque que pour la Liberer, qui rentre dans les memes personnages que se, jouaient par de bons acteurs.
    bravo d’avance.

  3. MERCI MERCI MERCI et MERCI de nous avoir libéré pour la deuxième fois !!!!

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