Tideland

Lorsque sa mère meurt d’une overdose, la petite Jeliza-Rose part s’installer dans une vieille ferme avec son père, Noah, un rocker héroïnomane qui a connu des jours meilleurs. Afin d’échapper à la solitude de sa nouvelle maison, Jeliza-Rose s’évade dans un monde imaginaire. Pour lui tenir compagnie, Jeliza-Rose n’a que les têtes de quatre poupées qui ont perdu leur corps… jusqu’à ce qu’elle rencontre Dickens, un jeune homme ayant l’esprit d’un garçon de dix ans. Vêtu d’une combinaison de plongée, il passe son temps caché dans une carcasse d’autocar, son “sous-marin”, attendant de capturer le requin géant qui habite sur la voie ferrée. Dickens a une grande soeur, Dell, une sorte de fantôme vêtu de noir qui se dissimule constamment sous un voile d’apiculteur. Pour Jeliza-Rose, le voyage ne fait que commencer…
Il n’y a qu’un seul homme sur terre capable de rendre poétique la nécrophilie, la pédophilie, la folie et autre bassesse humaine : Terry Gilliam. Après l’univers des frères Grimm, ce dernier embarque l’incroyable et talentueuse Jodelle Ferland (la jeune héroïne de Silent Hill) qui mène à elle seule tout le film. Images magnifiques pour scénario malsain, on ne peut que d’adorer et détester en même temps.
Après Grimm, Gilliam replonge dans les contes. Mais là où l’excentricité du scenario menée par Matt Damon avait pour but de divertir dans un monde fantasy naïf, Tideland plonge le spectateur dans une noirceur poétique permanente. Ainsi, on retrouvera, à l’instar de Burton, une imagerie typique Gilliam, avec ses cadrages larges, ses plans photos magnifiques, sa poésie visuelle évidente. Au milieu de ce joli rêve, une petite fille, Jodelle Ferland. Après la vision de Tideland, il est plus qu’évident que Dakota Fanning a trouvé en cette jeune actrice son alter ego. Incroyablement douée, jouant parfaitement la fille qui donne de la dope à son père, tout en ayant des rapports malsains avec un adulte, n’ayant pas peur de la mort, et surfant sur la schizophrénie avec ses poupées, elle est un voyage à elle toute seule. Impressionnant.
Le film durant 2h ne cessera d’alterner la quiétude ressentie par le graphisme avec le malaise provoqué par les relations humaines à huit clos : sexualité abusive, drogue, alcool, nécrophilie … tout y passe. Et ça ne passera pas forcément aux yeux de tous. Un conte macabre, sans véritable scénario, sans véritable finalité, sans véritable morale, mais incroyablement frais et innovant dans un cinéma qui en général se cantonne au schéma intro - déroulement - épilogue. A voir.