Le HibOO

Bab’X

Bab'X @ Studio Pigalle, Paris | Photo Rod

L’une des caractéristiques du HibOO, c’est que quand on aime, on ne compte pas. En partant de cet adage surfait, j’ai eu l’opportunité de rencontrer un beau gosse, un vrai, avec le sourire Colgate et la voix de velours, le brun ténébreux qui plait aux petites amies, surtout la mienne. Rendez-vous pris au studio d’enregistrement 18 rue Pigalle à Paris avec David Babin, alias Bab'X, loin d’être aussi ponctuel que le lapin speed d’Alice au Pays des Merveilles, mais incroyablement disponible une fois le café bu. Nous sommes le 12 avril, 12h : rencontre avec un homme très cultivé et passionnant qui, un jour, découvrit dans les affaires de son grand-père une lettre de Gabriel Fauré … (propos anecdotique qui n’a aucun rapport avec l’interview)

Pourrait-on te considérer comme un Debussy des temps modernes, dans le sens où comme lui tu t’es affranchi d’un certain formatage musical qu’il avait ressenti à l’époque, et d’autre part de par tes expérimentations musicales variées ?!

(La mine étonnée) Waouh … tu m’attaques de manière assez frontale ! Debussy, c’est LA personne qui m’a fait découvrir la musique, à travers ma mère. Je vais être obligé de parler cette femme encore un moment avant de pouvoir m’émanciper complètement ! (rires) Elle jouait tout le temps Debussy à la maison, et quand j’ai pris des cours de piano, il était mon compositeur adoré. Maintenant de là à me considérer comme le Debussy des temps modernes, je te laisse dire ce genre de rapprochement que je ne pourrais pas me permettre de faire. Que ce soit dans la démarche musicale, ou ce qu’a été le bonhomme, il est évident que j’aimerais vraiment lui ressembler.

On ne va donc pas échapper de ton sujet favori lu dans moults interviews lues sur le net : maman, son piano, et ses jambes - vues depuis sous le piano. Oedipe power ?

Ce n’est pas un problème, c’est une réalité ! (rires) Je crois qu’aujourd’hui j’ai assez bien réglé mon problème d’Oedipe, mais il n’y avait pas que ma mère …. c’était plutôt les jambes des autres filles qui venaient prendre des cours avec elle que je regardais ! (rires) Le relation que j’ai bâtie avec elle est vachement liée à la musique, c’était une véritable manière de communiquer. Pour Oedipe c’est donc réglé, mais ça reviendra !!! Ce genre de trucs c’est un peu comme un boomrang !

Bab'X @ Studio Pigalle, Paris | Photo Rod

S’il y a bien une chanson qui pour moi représente ta singularité, c’est Crack Maniac, un véritable condensé musical symphonique, rock, avec un chant proche du hip-hop avec des alliterations agressives en contraste avec ce joli “Lili dort” …

Cette chanson est née de manière assez dure : Crack Maniak parle d’une personne qui m’est très très proche, mon demi-frère, qui est tombé dans cette spirale assez longtemps. A l’époque j’habitais à Chateaurouge, et c’est là que vont se fournir tous les gars. Je passais toutes mes nuits à me demander s’il était dans le coin, j’étais attentif aux moindres détails des bruits de la rue. Et il y avait le bruit de ce mec se trimballant en béquilles qui se démolissait au fil des années. Et j’entendais régulièrement, comme un refrain dans la nuit, le bruit de ses béquilles qui traversaient douloureusement la rue Gustine. Avec les allitérations, j’ai tenté de me rapprocher de ces sons que j’entendais de ma fenêtre. Ces sortes de claquements furtifs et répétitifs, ces sons de la rue, des choses qui sont assez brutales et immédiates. Quant à “Lili dort”, c’est ma petite soeur qui préfère s’endormir pour ne pas en entendre trop.

Je crois qu’aujourd’hui j’ai assez bien réglé mon problème d’Oedipe, mais il n’y avait pas que ma mère …. c’était plutôt les jambes des autres filles qui venaient prendre des cours avec elle que je regardais !

On est proche du psychanalytique donc dans certaines de tes chansons …

Cathartique plutôt. C’est ce genre de choses que l’on a vécu que l’on peut raconter avec des mots et des mélodies. Bien sûr il y a aussi ce côté observateur des gens, du style “tiens la boulangère a changé de robe, j’écris une chanson” (rires) … Mais ce n’est pas mes sujets de prélidection ….

Tu aurais pu dire le boulanger, mais tu as préféré une fois de plus parler d’une femme !!!

(rires)

Bab'X @ Studio Pigalle, Paris | Photo Rod

L’autre chanson qui se démarque, mais cette fois-ci dans l’autre sens, “Silicone Baby”, incroyablement abordable, pour ne pas dire commerciale, par rapport à la complexité que dégage ton album. Une Concession ?

Oui et non. J’ai un peu fait la “pute” dans le sens que cela faisait plusieurs mois que l’on démarchait les maisons de disques qui nous sortaient toujours la même chanson “waouh le disque est super, mais aucun titre ne pourra passer à la radio !” Au bout d’un moment, ça m’a un peu énervé. Pour moi la notion de single de veut rien dire ; il existe des chansons plus ou moins accessibles, plus ou moins percutantes dès les premières notes. Donc pour faire un pied de nez à tout ça, j’ai décidé d’écrire une chanson sur le formatage, en prenant un problème typiquement contemporain, à savoir l’histoire d’une femme qui est prête à tout tailler dans sa personnalité, dans son apparence pour arriver à entrer dans le moule et arriver à ses fins. Du coup j’ai écrit “Silicone Baby” assez répidement, énervé, en me disant “on va faire une chanson sur le formatage mais qui passera à la radio”.

Cela fait quasiment un an jour pour jour que ton album éponyme est sorti. Tu as enchainé énormément de dates depuis. Comment ressens-tu l’accueil du public ? A-t-il évolué ?

Au début ce n’était pas évident, car je me sentais plus renfermé sur moi-même, plus musicien. J’avais tout le temps la tête rivée sur mon piano, j’avais presque envie que les gens ferment les yeux pendant les concerts et se laissent aller en écoutant la musique. Depuis peu, je suis devenu davantage disponible, beaucoup plus à l’aise. Depuis environ 15 dates, on sent tous ensemble que ça va crescendo et ça nous fait bien chier d’arrêter du coup la tournée, il reste 10 dates ! Même si ça va nous permettre de nous préparer dans de très bonnes conditions au deuxième album.

On sent une énorme complicité sur scène justement, dont Sébastien qui jongle sans cesse entre Oxmo Puccino et toi. La formation que j’ai pu voir à 2 reprises est-elle donc transitionnelle ou définitive ?

Je crois que Sébastien a stoppé avec Oxmo car comme tu l’as dit, je fais beaucoup de dates et il ne pouvait plus trop jongler avec les 2 formations. En plus Séba est vraiment le pilier, il est l’avant-centre important ! On partage cette aventure depuis le début, puisqu’il a été le premier gars à croire en mes chansons. Il est le lien entre les musiciens de jazz, les mecs qui font de la scène et mes mélodies. La configuration que tu as vue est donc définitive, sauf qu’il y aura un guitariste supplémentaire. L’histoire, pour faire simple, c’est que le guitariste que tu as vu était le remplaçant de celui qui va revenir (rires). Et comme je ne voulais pas choisir entre l’un et l’autre, j’ai décidé de prendre les deux ! Il ne me reste désormais plus qu’à écrire des chansons “symphonie pour orchestre de rock” (rires)

Si tu lis le HibOO, tu sais que je suis addict à Emily Loizeau. Tu rejoues avec elle à Vanves le 24 avril, et je trouve que votre approche musicale est vraiment similaire, notamment au piano, avec des airs faciles à retenir, mais qui surprennent de par leur complexité technique …

J’aime beaucoup ce que fait Emily. Elle a cette chose là que l’on ressent quand on la voit et l’écoute : elle EST dans la musique, elle vit pleinement ses chansons. On voit souvent dans la chanson un côté touriste, genre “je fais ma prestation, le minimum exigé pour plaire au public”. Alors qu’une artiste comme Emily, on sent ce rapport intime et quotidien qu’elle entretient avec la musique, ça se traduit par des chansons vraiment bien écrites et profondes ; et je pense que si ça accroche aussi vite avec le public, ce n’est pas grâce à la forme faussement accessible, mais à mon avis les gens sont touchés aussitôt par le fond en offrant des choses sincères et profondes. Je suis vraiment content de partager toutes ces scènes avec elle, et en plus j’adore le personnage qu’elle est : elle joue très bien du piano (rires)

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Titre : Crack Maniac | Auteur : Bab X

Tu n’échappes pas à ma question au sujet de MySpace. Mais contrairement aux autres musiciens, je ne vais pas te parler du rapport que tu entretiens avec ce média, mais plutôt te demander pourquoi, quand on voit les sublimes photos disponibles sur ta page, pourquoi tu n’as pas voulu être mannequin ?

(rires) Je crois que la réponse est simple : on doit vraiment se faire chier quand on est mannequin ! (rires) La question ne m’a jamais traversé l’esprit en fait. Et de toute façon je me réveille trop tard, je mange de trop … un métier impossible ! (rires)

Bab'X @ Studio Pigalle, Paris | Photo Rod

Pour ton prochain album, envisages-tu d’écrire des chansons pas forcément joviales … mais moins cyniques que celles de ton premier opus ?

Pour être franc, j’essaie. Mais ce n’est pas facile du tout ! Quand je suis gai, la première chose qui me vient à l’esprit est d’aller boire un verre avec des potes. En général l’écriture de mes chansons nait de noeuds dans ma tête que je délie, et cela donne donc à des atmosphères quelquefois angoissantes, sombres et comme tu le dis, souvent cyniques. Pour le prochain album, j’ai déjà décidé d’une volonté plus physique, moins cérébrale, il y aura certainement des changements. Moins cynique en revanche, je n’en sais rien. Actuellement je suis en train d’écrire une chanson qui s’appelle “j’veux mourir au Japon”, qui de mon point de vue spécial, est drôle. C’est l’histoire d’un mec qui pense que l’herbe est plus verte en face et pour qui la destination super mode pour mourir dans un suicide collectif est d’aller est le Japon. Tu vois c’est super drôle, mais traité de manière très cynique (rires)

Dernière question : Emily Loizeau, Jeremy Warmsley et toi adorez le même artiste. Devine lequel ?

Oh une devinette … (quelques secondes d’hésitation) … Tom Waits ?

Bravo ! du premier coup. Merci beaucoup pour cette discussion :)

Merci à toi !

2 commentaires

  1. Vu Bab’x et Lady Loizeau à Vanves le 25/4. Plus j’entends Bab’x mieux je l’apprécie. Ses musiques sont biens travaillées et il apporte des sons, des rythmes originaux. Il est entouré d’excellents musiciens.
    La nouvelle scène française est pleine de talents. Sa chanson Lady L est elle un hommage à Lady Emily Loizeau

  2. Alexandra -> merci à to ipour les img :)

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